jeudi 23 mai 2013

1/52



"a portrait of my children, once a week, every week, in 2013"

Lola: elle a des chaussures rouges
Alma: elle a des yeux bleus



Cette semaine j'ai eu envie d'accrocher mon wagon au train du 52 Project (A Portrait a Week). J'aime cette idée de prendre mes enfants en photos chaque semaine, pendant un an. Il n'y a rien à gagner si ce n'est le plaisir de se tenir à cet engagement et dans 52 semaines de regarder ce journal imagé. Ces derniers mois ont été pour moi plutôt chaotiques et j'ai parfois le sentiment que mes souvenirs sont un peu flous. Ce projet est aussi une manière de me rappeller tout le bon de ces premiers mois à 4, de ces premiers mois avec l'Elfe et la Grenouille.

J'ai évidemment - à peine - 20 semaines de retard (le projet commence en janvier) mais quelle importance? Ci-dessous le lien vers le blog de Jodi, la locomotive du projet 2013.
Week 20/52 Portraits of my Children at Che and Fidel

mercredi 22 mai 2013

Jugement (mais pas le dernier)


Souvent, je me sens obligée de me justifier d'un choix que je fais en matière de maternité. Ou je me sens coupable de faillir à mes devoirs amitico-publitico-relationnels. Ca tient beaucoup à ma nature anxieuse, un peu aux cons qui m'entourent. Parfois j'ai envie de me foutre une claque. Ce que mon mec, ou une amie, se charge de faire - virtuellement on s'entend, au travers d'une parole simple et directe du style "mais tu t'en fous de ce que pensent les gens". C'est vrai, je devrais m'en foutre mais on sait combien, en bon animal social, il est difficile d'ignorer le regard (et le jugement) de l'autre.

Alors je vais m'offrir ce petit moment d'auto-justification, un peu de gratification (nous ne sommes jamais mieux servis que par nous-mêmes) et peut-être permettre à d'autres de mieux se sentir soit parce qu'ils réfléchiront avant de juger, soit de se sentir moins seules dans ce quotidien troublant qui est celui d'une mère.

J'ai longtemps cru qu'il était possible - pour moi - d'être une mère, une femme, une amie qui assurerait sur tous les plans et que si j'avais - aux dires de certain(e)s - un peu foiré sur ce coup là après ma première grossesse, j'allais faire mieux cette fois. Autant le dire de suite, j'ai juste persévéré dans ce que j'étais, avec une différence majeure, j'ai pris conscience de ce que je faisais. Et contrairement à ce que j'avais cru lors de mon congé de maternité de l'elfe, j'ai bien fait. Je suis une mère, une femme et une amie.

J'ai mis plusieurs années à comprendre que d'être ces trois femmes pouvait se faire en même temps. Là où était mon erreur, c'était de croire que ce "en même temps" devait être permanent. Quand j'allaite ma fille, je n'ai pas besoin d'être sexy ni d'être une amie à l'écoute. J'allaite ma fille. Hop hop, je remballe mon sein, je fais faire le petit rot, j'essuie le trop plein et je peux être disponible pour les autres, ou pas. Je peux être chacune de ces femmes tour à tour, parfois même deux d'entre elles en même temps et si vraiment le temps le permet, les trois à la fois (mais là vraiment faut que la conjonction des astres soit très favorable). Pas la peine d'objecter que je suis tout le temps les trois, oui c'est vrai aussi mais mon propos est de souligner qu'il y a toujours une de ces femmes qui prend le dessus sur les autres (à la plaine de jeux couverte je ne peux être qu'une mère juive et c'est vraiment pas le moment de me parler de vos problèmes parce que je suis perpétuellement au bord de l'attaque cardiaque devant ce que certains appellent des jeux et moi des "accidents en puissance" - Bref, j'ai déjà parlé de ma nature anxieuse).

Cette question me tient particulièrement à coeur parce que je la pense être au coeur de nombres de difficultés aujourd'hui pour les femmes à savoir qui elles sont et à pouvoir s'épanouir pleinement. Il y a encore une énorme fracture dans le combat entre la femme libérée (de quoi?) et la mère (prisonnière, de qui?). Cette fracture est source de souffrance ou de questionnement pour beaucoup d'entre nous, rendant nos choix parfois fort dissonants, entre coeur et raison, poussées par la société à devoir "bien faire". Oui mais c'est qui cette société qui va nous dire ce qui est bien?

En fin de congé de maternité puis parental (rien que ces deux types de congés sont des paradoxes en eux-mêmes) pour ma grenouille je n'ai pu m'empêcher de jeter un coup d'oeil dans le rétro et de tirer quelques conclusions sur ce que j'ai fait de mon temps. La première chose qui me frappe c'est qu'avec autant de mois devant moi après mon accouchement j'avais des idées plein la tête et des projets à vous retourner les placards. Dans la réalité: que dalle! Et dans le peu de temps qui me restait avant l'entrée en crèche et le retour au boulot - quand j'ai pris conscience du temps écoulé - j'avais pas envie de le passer à faire du réassort de mes gardes robes. Autant pour mes projets de tri, renvoyés à ce qu'ils sont, mes éternelles promesses jamais tenues à mon moi psycho-rigide. Dans la réalité, ma vie s'est mise a tourner - exclusivement - autour de cette petite grenouille aux yeux de schiste.

Et c'est là que ça coince. Avec tout ça, j'ai mis de côté mes sorties, j'appelle moins mes potes, je ne vais plus aux concerts pour le moment, ni aux spectacles. Je trouve qu'avec un nouveau né puis un tout petit ce n'est ni respectueux de son confort ni du mien. Si vraiment je dois le faire, dans ces moments là je me sens obligée, je me mets beaucoup de pression, je ne profite de rien et l'osmose avec mes filles les rendant totalement perméables à cet inconfort, ça tourne casaque. Bref, je passe des moments dégueulasses, tout ça pour faire bien, pour faire semblant que ma vie n'a pas changée depuis leurs naissances respectives et que je continue "comme avant". Oui, sauf que pour moi c'est pas "comme avant". Ce qui pose problème? Pas la sortie, pas l'enfant, non comme d'habitude c'est le qu'en dira-t-on" des biens pensants. J'ai voulu plaire à l'autre et prouver que je suis cap'! Entreprise vouée à l'échec puisque ces sorties ne seront bien sûr pas assez récurrentes ou de qualité, parce que parfois elles sont annulées pour cause de maladies infantiles ou de fatigue majeure et que franchement quand tu en es réduite à vouloir prouver quelque chose qui va à l'encontre de tes convictions, tu te sens conne. Faut pas vendre un produit si tu n'y crois pas, tu n'es simplement pas crédible. La seule chose que t'arriveras à vendre finalement (et encore c'est au diable) c'est ton bon sens.

Chloé, ressaisis-toi!

Quand j'ai choisi de faire un enfant (puis une autre) j'ai fait le choix de mettre la vie que je menais jusque là entre parenthèse, voire d'en changer tout simplement, tant il est vrai que "rien ne sera plus jamais comme avant". Alors bien sûr ma vie sociale n'est pas morte et enterrée mais je suis moins disponible parce que mon centre d'intérêt immédiat c'est la grenouille - 8 mois - et son pendant de 4 ans, l'elfe. J'ai juste envie d'être là pour elles. Je me sens bien là-dedans. Je privilégie mon allaitement à "tirer mon lait comme ça je peux mettre ma fille ailleurs". Je me rends compte que j'aime passer du temps avec elle et tant pis si je n'ai pas vu beaucoup de monde sur la semaine. J'aime nos journées cocooning. Progressivement mes "horaires" sont devenus les siens. Autant en emporte mes sorties à gauche à droite, le bébé dans sa poche kangourou, en dépit du temps et de l'heure. Bref, je suis devenue une de ces mamans dépendantes des "moments sieste", de l'heure de la panade (légumes puis fruits), des moments d'éveils, de changes, ... J'aime cette fusion. Mieux, depuis cette seconde maternité je n'ai plus peur qu'on me taxe de mère fusionnelle. J'ai compris que cette fusion elle fait peur aux autres, qui ne la comprenne pas ou qui la jalouse (ou qui sont psychanalystes). Je suis apaisée par cette proximité, rassurée par ce qu'elle apportera à ma fille quand il faudra mettre un peu d'espace entre nous. Je sais qu'elle saura reconnaître la force du lien et de la confiance, qu'elle l'utilisera pour mieux prendre son élan. Je sais que cette fusion me donnera confiance pour ce qu'elle est, de l'amour maternel non censuré par les codes sociétaux.

Je ne suis pas seule et je ne fais pas rien. Je ne suis pas folle non plus et parfois je fais la gueule parce que j'ai envie de faire "autre chose" que mon job de mère. Tout choix a des côtés négatifs et je suis crevée (je crois même n'avoir jamais été aussi crevée de toute ma vie), je suis humaine quand même. Je chiale, j'en peux plus, je me sens coincée et tout ça et le reste. Je suis - certes - un peu esclave de mes choix mais pas en raison de ce qu'ils sont, plutôt parce que choisir une porte, c'est tourner le dos à une autre. J'ai juste choisi temporairement de modifier mes priorités parce que c'est le sens d'une maternité pour moi. Être dans l'ici et maintenant avec mon enfant pour le(s) voir grandir.

Cette vision de la maternité n'engage que moi. Il y a bien sûr autant de choix que de mère, même si je reste persuadée que le formatage aux attentes pousse nombreuses d'entre elles à faire de faux choix (dans un sens comme dans l'autre). Cela me concerne tout autant, entre maternage proximal et burn out maternel, je joue volontiers la carte de la confusion. Mais je me passerai de faire un commentaire acerbe ou jugeant sur les autres mamans. Tant mieux si certaines s'éclatent à revenir au travail, à sortir au resto, à prendre leurs bébés partout où elles vont, à porter talons et taille 36 comme si elles avaient encore 18 ans. En ce qui me concerne, tout cela (re)viendra plus tard. Bon, il y a aura peut-être quelques amis qui se seront lassés d'attendre. Et la taille 36 ne sera peut-être plus qu'un 38 (ou un 40). J'aurai sans doute manqué quelques bonnes sorties cinéma et des concerts. Quelques bons verres. Bah. Il y  a des choses qu'on n'aime plus avec le temps qui passe et ça n'a rien à y voir avec le fait d'être une mère. J'appellerais bien ça "grandir" mais ça serait condescendant.

Finalement, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de se justifier de sa façon de vivre la maternité. J'attends simplement du respect de la part de ceux qui m'entourent, qui me connaissent, qui me fréquentent vis-à-vis de mes choix. Comme je les respecte dans les choix qu'ils posent, qu'ils me plaisent ou non. Et je regrette parfois de devoir en arriver à penser "sans être parent soi-même il y a des choses impossibles à comprendre". Je m'étais juré de ne pas le dire mais depuis que je suis mère je me rends compte de la vérité cruelle de cette assertion.

Round Up #1 - Chronique de canapé

Un petit tour d'horizon des derniers "trucs" du côté de chez moi, en pyjama dans le canapé. 


La découverte du mois, Instagram. Mieux vaut tard que jamais? J'ai non seulement découvert la joie d'inonder et d'emmerder le monde avec mes photos mais aussi l'ensemble d'une communauté prête à faire de même. Et si Facebook est un lieu de perdition où il est possible d'avoir des amis qui ne vous disent pas bonjour (voire ne vous reconnaissent pas) dans la vraie vie, Instagram est le lieu où se faire des relations parfois à l'autre bout du monde que vous ne rencontrerez jamais mais avec qui vous partagez des moments de votre vie. Très clairement la dépersonnalisation de l'intime à son comble, une mise en scène permanente. J'adore. 

J'ai eu l'occasion de craquer pour Mabo Kids et ses lignes épurées et pour le coton bio et le look retro de Dis une couleur. A mon grand étonnement le sac à dos de Fjäll Räven fait son retour. Quand j'ai acheté le mien - il y a 4 ans - ma moitié et le parrain de ma fille se sont moqués GRAVE de mon achat. Haha, la mode m'a finalement donné raison! Un petit tour à la Little Fashion Gallery pour se faire une idée. Et puis j'adore encore et toujours Donna Wilson (et je ne semble pas être la seule). Bref, si t'as envie de claquer de la thune, le marché des "kids" n'attends que toi (et ta carte VISA). Mais comme disait Coco Chanel "la mode se démode, le style jamais". A bon entendeur...

N'ayant pas plus de capacité de concentration qu'une laitue (ce n'est que temporaire je l'espère), je suis en difficulté dans mes lectures mais comme rien ne m'arrête, je suis comme à ma grande habitude plongée dans plusieurs bons romans à la fois. Beloved de Toni Morrison, Lointain souvenir de la peau de Russel Banks, Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. De loin en loin je potasse aussi La fatigue émotionnelle et physique des mères de Violaine Guéritault et Devenez meilleur négociateur que vos enfants! de Laurent Combalbert - c'est dire dans quel état je me trouve parfois. C'est un aveu, oui.

Recette de grand-mère mise à l'épreuve grâce à la Grenouille qui s'avère avoir la peau plus délicate que du papier parchemin. Nous nous sommes donc mis aux bains natures. Désormais sa majesté se baigne dans du lait d'avoine maison (petit filtre à thé dans lequel trempe l'avoine bio - nature bien sûr). Dans les moments de grande fragilité dermique  elle est enduite de lait maternel (comprenez lait maternel - oui, oui, mon lait). Efficacité prouvée et résultats plus effectifs qu'avec les crèmes même les plus spécialisées. Moins cher aussi. Cléopatre, le retour.

L'autre avantage d'Instagram est de pouvoir découvrir quelques beaux blogs, qu'ils soient de photos, de projets, d'anecdotes. Quelques uns font maintenant partie de mes rendez-vous quotidiens. Liste non exhaustive dans le blog roll de ma page. #tempsàperdre.

Comme je ne veux lèser personne des anecdotes trépidantes de mon voisinage direct, je livre sans détours ni trucages les dernières nouvelles. Si par hasard vous avez écouté Vivacité, vous aurez peut-être entendu que des irréductibles ixellois de la rue Banning luttent contre les nouveaux lampadaires. Ce sont mes voisins. Pas moi, mes voisins. Les faux et inutiles combats, il n'y a que ça de vrais pour souder les liens d'une communauté. Sinon j'ai un autre chouette voisin qui aime tondre sa pelouse le samedi soir à 21h20. C'est une toute aussi chouette idée pour créer du lien avec le voisinage (la qualité du lien reste à définir). Dans ma rue il y a aussi 3 chantiers avec interdiction de se parquer. Je tenais donc à souligner les qualités organisationnelles manifestement requises pour exercer une fonction à la commune. Faut vraiment détester la campagne pour avoir envie de supporter ce quotidien citadin. Bah, comme on dit, live and let live. Ps: j'aime la ville...chuuuuuuuut...

Le petit plus de ses dernières semaines - après quelques jours très orageux (ou étaient-ce quelques semaines) avec mon Elfe qui s'essaie à la communication sur le ton de l'effronterie, on a eu ce petit moment mère-fille suspendu dans le temps; L'une contre l'autre, dans le soleil de l'après-midi à regarder le jardin de mes grands-parents et ses fleurs. Elle y voyait des bourdons à combattre et des histoires à n'en plus finir. Je m'y rappelais des souvenirs à son âge. Elle a 4 ans maintenant. Et puis la Grenouille est pratiquement à quatre pattes. Merde, c'est quand qu'elle s'est mise à grandir sans que je le vois? Elle a une dent maintenant. Mère c'est un job à temps plein.

Last but not least, le point météo. Avant, la Belgique c'était 4 saisons sur la journée, maintenant c'est une saison - celle de la pluie - sur toute l'année. Je me demande si je ne devrais pas viser le commerce des bottes et parapluie, kek'chose me dit qu'il y a de l'oseille à se faire.

mercredi 24 avril 2013

Sketches of my childhood - les Mimosas




    


1. la vie continue                                2. la fenêtre est fermée   
3. le cerisier des cousins                     4. Sous les livres, les fleurs   
5. printemps dehors                            6. printemps dedans   
7. maison d'enfants                             8. maison de chapeaux
9. à l'eau par terre                             10. à l'eau de lumière
11. tout en haut                               12. tout en bas


souvenirs de mes grands-parents

dimanche 21 avril 2013

Rappelle-toi Barbara...

...il pleuvait sans cesse sur Ixelles ce jour-là
Et je marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Ixelles
Et je t'ai croisée en salle d'accouchement nature
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara...



Ça commence comme du Prévert et c'est une rencontre un peu comme un poème. 
Barbara c'est une sage-femme. J'ai un peu envie de dire ma sage-femme. Mais Barbara n'est pas à moi et depuis ce jour de bruine de septembre Barbara est déjà loin. C'est une femme qui a croisé mon chemin, un temps, et qui m'a permis d'aller chercher en moi ce dont j'avais besoin pour mettre au monde ma belle enfant.  

Barbara m'a appris à voir les choses. A respirer. A tenir une main. A faire un son grave avec le père de mes enfants - et ne pas en rire. A comprendre le sens de ce qui traverse mon corps. A appréhender le temps qui passe. A relativiser la douleur. Barbara est un fil rouge que j'ai suivi. Au bout de ce fil, ce cordon, ma fille.

J'ai dit "sans toi Barbara je n'aurais jamais pu y arriver". Elle m'a dit que ce n'était pas vrai et elle avait raison. 

Avant Barbara, j'étais comme beaucoup de gens, je ne me posais pas beaucoup de questions sur les sages-femmes et je regardais la lutte pour la reconnaissance de leur travail de loin. Je mélangeais un peu tout d'ailleurs, sages-femmes, doula, allumées de la nature et infirmières aussi. Depuis La Grenouille j'ai découvert le monde merveilleux de l'accompagnement autrement. Du plaisir de chercher et de trouver les ressources en soi. Ce qui me semblait si difficile, si lourd, si insupportable ne l'est peut-être plus tant que ça. Je me rappelle qu'il y a des ponts que l'on peut traverser malgré nos peurs.  Il n'y a pas de femmes plus fortes que les autres ni plus courageuses. On fait des choix simplement. Mais en nous toutes il y a cette force de donner la vie. 

Une sage-femme ça vous change. En bien.

Merci Barbara.

mercredi 17 avril 2013

Sketches of my sweetheart - Printemps


©Chloé Bingen
©Chloé Bingen
©Chloé Bingen
©Chloé Bingen

1. en attendant Capoue
2. princesse pâquerette
3. vanille fraise
4. après-midi

vendredi 5 avril 2013

Mon chat et le bézoard

Pour un peu on pourrait croire que je ne sais que parler de mes enfants ou de moi (ce que ma moitié s'empresserait de confirmer s'il lisait parfois mes petits caractères) mais ce n'est pas vrai. Non. J'ai une autre vie que celle de mère ou du moins j'en ai eu une. Dans cette vie j'avais un chat. En fait j'en avais deux et je les ai toujours. Mais maintenant que je suis mère je les vois un peu plus comme le reste du monde : des porteurs/perdeurs de poils à l'haleine de tueurs. Des chats quoi.

©Chloé Bingen
Malgré tout il y a bien un autre truc que j'adore faire (en plus de parler de mes gosses) c'est de parler de mes chats. De comment ils doivent toujours se poser sur les 3cm2 de papier que tu as déposé sur le coin de table, de comment ils se retrouvent enfermés une nuit entière dans l'armoire à linge de bain (mais ça, ça nécessiterait aussi de parler de ma moitié qui a passé une heure dans le bain à entendre le chat gratter la porte et puis qui est monté se coucher sans autre forme de procès). De comment ils miaulent à heure fixe pour manger et que si tu donnes une heure avant et bien ils miaulent quand même à l'heure habituelle, de comment ils doivent dormir à deux sur un radiateur ou sur mes genoux mais jamais dans leurs paniers (sauf s'il y a du linge dedans). De comment ils ramènent la baballe. De comment ils adorent prendre des bains de soleil et ne griffent jamais mais grognent sur les ouvriers. Et comment finalement je leur ai trouvé une certaine forme d'utilité : ma grenouille s'éclate en les regardant. Mes chats ont désormais le statut de figurants (en plus de pots-de-colle qui me suivent partout). Je pourrais faire un blog rien que sur eux. Sans doute parce que parfois mes chats c'est un peu comme mes gosses (oh ça va hein...).

Juste pour l'histoire (faut toujours une intro qui situe l'action mais aussi le profil du personnage) je crois que je finirai comme la vieille folle aux chats. Sans doute parce que j'ai toujours eu des chats. Aussi loin que je m'en souvienne et même de quand je m'en souviens pas. Il y en a même qui ont dormi dans mon berceau. A l'époque c'était Tom Puce, un faux persan, un peu bête mais terriblement beau, à ma mère, et une jolie chatte, Célimène, que mes parents n'ont pas voulu laisser derrière eux en quittant Alger (faute d'embarquer Klaxon, sorti par la fenêtre la veille du départ après avoir pissé sur la couverture en laine). Il y a eu le chat de récup', Muscade, très con mais tellement gentil (qui n'aimait pas monter en voiture). Et mon chat un peu traumatisé, Charlie, qui aurait eu bien besoin d'une thérapie et qui aimait se coucher dans le céléri et mâchouiller mes cheveux mouillés. Et puis ma première chatte rien qu'à moi, Sita, la mama. C'est elle qui s'est occupée comme une vraie mère d'Oscar le chat noir, actuel locataire, bête comme chou, drôle comme tout et super beau. C'est mon chat de cirque et un peu mon bébé (avant que j'ai un "vrai" bébé et qu'Oscar fasse sa deuxième dépression - la première ça a été à la mort de Mamasita). Oscar il a la queue qui crolle, il n'aime pas la pluie, la neige, le soleil et il a peur de l'orage. Tout ça pour dire que je vais parler de Nina (Cuccina de son nom de baptême), l'autre chatte, parfois surnommée la pute (mais c'est affectueux hein!).

Nina c'est le cauchemar des allergiques, des gens qui s'habillent en noir, des maniaques du canapé non déchiquetté. Nina elle se fout de ce qu'on pense, se couche dans les jouets de l'elfe et elle vomit. Oui, elle vomit.  Parce qu'elle a un bézoard. Quand mon véto (enfin le sien) m'a dit ça par téléphone la première fois j'ai cru que la liaison était mauvaise. Ensuite je me suis dis qu'il se foutait de ma gueule et puis je me suis dit que j'avais trop lu Harry Potter. Mais non, les bézoards ça existe et mon chat en avait un. Purée comme dirait l'autre, un BEZOARD. Là, à moins que ton chat ait également eu un bézoard je suis sûre que, tout comme moi en mon temps, tu imagines une créature immonde, tout droit sortie de la nuit des temps. C'est bon, arrête. Chez le chat, c'est une accumulation de poils qui provoque un blocage du transit gastrique. Bref, ça ne sort plus par derrière et ça donne un peu l'impression que ton chat se prend pour un rapace et qu'il te fait des pelotes de réjection. Donc non seulement c'te pute perd ses poils dans toute la maison mais en plus ceux qu'elle avale - quand même - elle les digère pas et elle me les remet "gentiment". Je ne sais pas si ça fait ça à tous les chats mais Nina elle lâchait sa petite affaire exclusivement au pied du lit (SUR la couette on s'entend bien) et sur le côté gauche du canapé (oui SUR). Plus jamais je ne donnerai cette housse de couette à la blanchisserie, j'aurais des craintes quant à ce que la madame pourrait imaginer à leur vue. Et si je commence à lui parler de mon chat et de son bézoard je crains d'être de moins en moins crédible. Bref. Ca se soigne bien sûr le BEZOARD. Et comme dans l'industrie du complément alimentaire pour animal il y a des gens qui ont de l'humour, il suffit pour ça de leur donner du Bezo-Pet ® (si si je t'assure, redis le lentement en fermant les yeux...). Nina va mieux (merci pour elle) mais depuis nous sommes particulièrement attentifs avant de nous affaler dans le canapé ou de monter nous coucher sans allumer la lampe de chevet.

Tout cela aura permis à l'elfe de perfectionner son imitation de chat qui vomit et tant les bruits que la gestuelle valent le détour. J'espère qu'elle arrivera à placer ce talent un jour (j'ai des doutes quand même).


La prochaine fois je raconterai l'histoire d'Oscar, du décodeur VOO qu'il confond avec son panier et de comment il a survécu par deux fois à leurs chutes respectives entre le mur et le meuble bas tibétain. Bien sûr Oscar ne tire aucune leçon de rien.



jeudi 4 avril 2013

Vie de mère


© Chloé Bingen
...And when the sky drops all those feathers

And when the birds sing in the morning
I'll be a mama
I'll have a daughter
And I'll give her melodies
I'll give her melodies
And she'll be
My little bird

And then she'll fly
She'll fly...

Alela Diane - "Oh! My Mama"




Je connais une mère qui ne veut pas se séparer de son bébé même pour une heure.
Je connais une mère qui parfois se sent coupable d'avoir eu un deuxième enfant.
Je connais une mère qui va bientôt mettre au monde son deuxième enfant.
Je connais une mère qui parfois se réjouit de ne pas s'occuper de ses enfants.
Je connais une mère qui fait comme si rien n'avait changé.
Je connais une mère qui fait comme si tout était facile.
Je connais une mère qui sait que ce n'est pas vrai.
Je connais une mère qui aimerait que le père ne se prenne pas pour une mère.
Je connais une mère qui se dispute avec sa mère.
Je connais une mère qui se dispute avec sa fille.
Je connais une mère qui ne veut qu'un enfant.
Je connais une mère qui reconnaît parfois sa propre mère en elle.
Je connais une mère qui a peur d'être comme sa propre mère.
Je connais une mère qui fuit sa mère.
Je connais une mère qui ravale ses pleurs.
Je connais une mère qui court toujours.
Je connais une mère qui ne doute pas (ou peut-être?).
Je connais une mère qui se bat sur tous les fronts.
Je connais une mère qui fait de son mieux.
Je connais une mère en devenir.
Je connais une mère qui veut beaucoup d'enfants.
Je connais une mère qui pense qu'elle n'est pas une bonne mère.
Je connais une mère qui croit aux antidépresseurs et aux surgelés de chez Picard.
Je connais une mère qui en a marre (surtout des mères parfaites).
Je connais une mère qui rit.
Je connais une mère qui a sommeil.
Je connais une mère qui est lasse.
Je connais une mère qui jure (et pas toujours entre ses dents).
Je connais une mère qui chante.
Je connais une mère qui danse.
Je connais une mère qui ne croyait rien de ce qu'on lui disait avant d'être mère.
Je connais une mère qui recommence encore et encore.
Je connais une mère qui avait des principes.
Je connais une mère qui rêve.

Mais je ne connais pas une mère qui supporterait qu'on la juge sans savoir ce que c'est d'être une mère.

Et non, toutes ces mères ne sont pas moi, mais cela se pourrait.

dimanche 13 janvier 2013

Moi, pas lesbienne, pas mariée, 2 enfants. Et tout le monde s'en fout.

Si j'étais homo à Paris aujourd'hui, cette après-midi, j'aurais vraiment le moral dans les chaussettes. Tous ces gens "pas homophobes mais..." ... mais qui se mobilisent pour que surtout je n'aie pas accès au même droit que tous, ça me foutrait vraiment mal. Tant de haine déguisée au nom du bien pensant.

C'est pas que je sois de gauche ou particulièrement tolérante, c'est pas que les gays soient tous mes amis, c'est pas que je vive dans un monde imaginaire. C'est juste que franchement si je devais me geler les couilles que je n'ai pas un dimanche comme ça, je choisirais de me mobiliser pour une vraie raison. "Non au mariage pour tous". Allez dit, c'est quoi c'te cause.


© Brian Hudok
Et pourquoi t'es contre d'abord? Pas parce qu'ils sont homos tous ces homos mais un peu quand même hein! T'as rien contre eux mais quand même hein! Mais juste entre nous, comme ça, qu'est-ce que ça peut te foutre? En Belgique, ça fait dix ans que les couples de même sexe peuvent se marier et pour autant que je sache, ça n'a strictement rien changé à notre vie. Certainement beaucoup pour ces couples qui désiraient se marier mais à nos gentilles et tranquilles petites vies d'hétéros ça n'a rien changé. Et si ça se trouve, il y a même des gens qui ne sont pas au courant que c'est possible, c'est dire comme ce droit pour tous est simplement un droit pour tous, dans une société qui se veut égalitaire.

Et puis quoi avec cette PMA? Non pas pour les homos? "C'est pas la norme les homos...", "naturellement ils ne savent pas concevoir...". Oui c'est vrai, malgré tout l'enthousiasme du monde et des heures d'ébats amoureux, deux hommes ou deux femmes ne sauront jamais faire un enfant sans intervention extérieure. Alors pas de PMA pour eux? Et bien sûr on dit pas ça parce qu'on est homophobe hein! Non, il n'y a pas de mal (quand on est con, on est con). Je te dirais juste que si tu veux appliquer l'argument de type "nature" alors la PMA jette-la à la poubelle "pour tous" (un peu comme le mariage). Ben oui c'est vrai quoi, tous ces couples hétéro qui ne savent pas procréer par eux-mêmes, dans le fond, c'est la nature qui veut ça. Alors faut pas forcer la nature. Pas de mariage pour tous, pas de PMA pour tous, pas de bras, pas de chocolat. Faut être juste dans la vie. Ca c'est une vérité criante. Le mariage est une institution humaine, qui dès lors peut être modifiée tandis que la procréation est une fonction naturelle. Pas de bol pour les hétéros, c'est sur la PMA qu'il faudrait tirer à vue en premier...

Ou peut-être qu'il faut se dire que dans le fond tu défends pas vraiment tes droits quand tu vas manifester comme un con par -2° à Paris, parce que donner des droits à plus de gens ce n'est absolument pas te priver des tiens. Non non, il te faudra être honnête, quand tu vas manifester c'est quand même un peu parce que les homos ils te dérangent et que c'est l'occasion de le dire sans le dire vraiment. Dire que deux hommes qui couchent ensemble (ou deux femmes mais toujours un peu moins) ça te dérange. C'est sale, c'est pas comme toi... C'est sûr c'est pas comme toi, mais quand je te vois militant à la con, je me dis que les homos ont bien de la chance de pas être comme toi.

On va pas tomber dans le piège de définir les "bons homos" en comparaison aux "mauvais hétéros" (ceux qui divorcent ou qui maltraitent leurs enfants). Faut pas se définir par la négative. Il faut être fier de ce qu'on est. Et aux dernières nouvelles, les gays, lesbiennes, sont des hommes et des femmes tout comme nous, sauf, oui sauf, qu'ils n'ont pas le même objet d'amour (ou de désir) - ou justement si - que nous. Bref, on en revient toujours à ce qu'ils fabriquent dans leurs plumards. Mais ça suffit ce voyeurisme d'hétéro. Perso je n'aimerais pas que des gens passent autant de temps à se chiffonner le bulbe en se questionnant sur ce qu'il se passe sous ma couette.

Oui bien sûr, il y a des catégories à risques, des comportements plus à risques et patati et patata mais franchement si t'es là comme homo à demander le droit à te marier et te fourguer des mioches dans les pattes, c'est sans doute que t'es pas la drag queen de l'année et que malgré tout t'es un brin conformiste. Regarde moi, le mariage ça fait 13 ans que je m'en passe avec mon mec. Mais bon, c'est ça un droit pour tous, tu l'as et t'es pas obligé de l'utiliser.

Il est temps de te résoudre à cette vérité qui te semble si dure à avaler, les homos sont des êtres humains comme les autres, mis au monde par des hétéros, qui ont les mêmes désirs que les hétéros parce qu'ils grandissent dans une société d'hétéros. Tu ne remets pas les droits des noirs en question parce qu'ils sont noirs (je te rappelle que "noir" c'est juste une pigmentation différente de la tienne) alors pourquoi tu le ferais pour quelqu'un qui n'aime pas comme toi? A moins que dans le fond, t'aimes pas les noirs non plus. A moins que dans le fond ce soit la différence qui te fait peur. Et que dans ton ignorance tu préfères te draper dans les convenances.

Je conclus. Mariage pour tous, PMA pour tous. Parce qu'il n'y pas de demi-mesure possible puisqu'il n'existe pas de demi-hommes. Et parce que des familles homoparentales il y en a des milliers qui courent les rues et que de leur donner un réel statut ce serait rendre un fier service aux enfants, leur donner une existence légale, respectueuse de leur réalité. Ca n'empêche en rien de questionner, d'observer et d'accompagner ces familles. Mais ça franchement c'est pas neuf comme conclusion, c'était déjà celle que je posais comme étudiante dans mon mémoire de fin d'études en 2002. C'est dire comme - à mes yeux - cette manifestation est à la bourre.

Allez dit, rentre chez toi, tu me fais honte.

mercredi 9 janvier 2013

Wishlist (ou les soldes de Petit Papa Noël)

Cher Petit Papa Noël,

J'ai pas mis le paquet cette année en faisant ma liste, plus préoccupée par la liste de l'elfe et de la grenouille. Si je suis plutôt contente au finish de ne pas avoir eu une orgie de cadeaux mais plutôt des présents de bons goûts qui m'ont réellement fait plaisir, j'ai quand même envie de rajouter deux ou trois petits trucs, au cas où à l'occasion des soldes, tu te dirais que tu peux encore me faire plaisir.
En 2013,
- j'aimerais ne plus entendre parler de Depardieu, autant parce que je me fous de lui que parce qu'il me fout en rote. Être un monstre sacré n'autorise pas toutes les audaces ni toutes les conneries. Et parfois fermer sa gueule c'est bien aussi. Quand on ne sait pas ce que veut dire démocratie, on se fait discret.
- ps: n'hésite pas à faire taire tous les autres acteurs sur le même sujet, qu'ils soient pour ou contre, ils gagnent quand même un peu trop à mon goût, surtout en temps de crise.
- dans le même ordre d'idée, si tu veux verser des millions sur mon compte en banque je serai ravie de les avoir même si je dois en passer par payer des impôts pour cela. Au vu de ce qu'on me taxe maintenant sur le peu que je gagne, je suis drillée et je pourrai survivre à la richesse.
- comme chaque année, je sais que j'insiste, mais pourrais-tu me dire pourquoi on tolère d'Israël ce que l'on ne tolérerait d'aucune autre nation au monde?
- j'aimerais que l'on prenne enfin la mesure de ce que c'est d'être un non croyant, un athée ou libre penseur dans un monde où tout semble gouverné par la pensée religieuse (là où ce n'est pas l'économie qui sévit) et où la bêtise humaine semble y trouver sa justification. Voeu pieu s'il en est, j'aimerais que les croyants foutent la paix aux non croyants comme nous leurs foutons la paix et qu'ils cessent au nom de leur religion d'amour de faire la guerre. Ou, pourquoi pas, qu'il soit possible de communiquer ensemble? A tout hasard je te mets le lien vers cet article fort intéressant, The blessings of Atheism, qui pourra peut-être t'aider à comprendre pourquoi comme le dit si bien l'auteure de ce texte, "nous souhaitons que nos concitoyens puissent respecter notre conviction profonde que l'absence d'un au-delà prête à une plus grande, et non à une moindre, importance morale à nos actions sur terre".
- comme tu ne peux pas faire que les morts ne le soient plus, j'aimerais juste que cette année me soit donnée pour accepter leur absence et avec le temps la supporter.
- je souhaiterais un peu moins de scrupules chez les grands de ce monde quand il s'agit de prendre de véritables décisions ou des sanctions, que ce soit pour nous sortir de la crise ou pour éviter des drames. Le même manque de scrupules au moins qu'ils semblent avoir quand il s'agit de nous la mettre bien profond ou de fermer les yeux sur deux ou trois trucs (cela s'applique tant à l'économie politique qu'à la politique internationale ou nationale). Je sais que ce ne sera pas facile parce qu'il faudra d'abord identifier qui sont les grands de ce monde et là il y a parfois une confusion entre eux et les décideurs.
- clarifier un brin les saisons. Oui parce que la pluie à Noël, la neige en novembre, ... Cela devient difficile de faire le tri entre la garde robe d'été et celle d'hiver.
- j'aimerais que les gens soient un peu plus eux-mêmes, non pas parce qu'ils sont bien mais parce que l'hypocrisie c'est un peu éreintant à supporter sur le long terme. Pas la peine de faire le généreux quand on ne l'est pas (surtout en période de fêtes, que ce soit avec les pauvres SDF dont ils se foutent le reste de l'année ou avec des cadeaux qui ressemblent parfois beaucoup à de la charité). Pas la peine de jouer la carte de la tolérance quand sur le fond on pense que "les étrangers seraient quand même mieux chez eux" (ah c'était pas ici?) et que "les pédés 'y sont sympas mais faudrait pas leurs accorder les mêmes droits qu'aux autres, 'y sont pas nos égaux non plus" (ah non?). Et puis il y a le statut de la femme, arrêtons de faire comme si les inégalités n'existaient plus en occident - région hautement civilisée c'est bien connu - et puis de donner des leçons aux autres sur le sujet. Je ne comprendrai jamais pourquoi les gens essaient de se faire passer comme tolérants alors que toutes leurs actions vont à l'opposé. Quelle dépense d'énergie inutile. La tolérance est bien moins fatigante, il y a tout à apprendre de l'autre juste en le laissant être.
- je ne souhaite pas que des choses impossibles bien sûr. Tu pourrais par exemple mettre fin aux longues chaînes sur Facebook de "si tu penses que..." ou "j'expose ma vie sur la toile mais je veux la garder privée alors cliques "like" sur mon profil". Non, en fait ça c'est peut-être impossible. Bon alors tu pourrais toujours distribuer dans chaque cheminée - avec les cadeaux - un prospectus avec la définition du mot "HOAX"?
- c'est un peu égoïste, je le conçois, mais d'ici mars pourrais-tu t'arranger pour que le service de la STIB soit à la hauteur des prix pratiqués? J'aimerais apaiser mon ulcère quotidien (et je suis persuadée que ma mère sera ravie que je cesse mes plaintes constantes sur le sujet... - qui peuvent parfois la faire rire mais lui font sciemment éviter la ligne du 95 aux mêmes heures que moi).
- Tout bête aussi mais n'hésite pas à distribuer un prospectus reprenant la définition de la civilité et de la courtoisie. Je ne voudrais pas en arriver à dire des choses comme "il fait bon vivre en Suède" mais tout de même, quand la population comprend le sens de la règle et dès lors l'applique, il y a comme un air de confort au quotidien. Contente toi d'une explication hein (!) parce que je ne voudrais pas finir avec une interdiction de mettre la fessée non plus (comprends moi bien).
- une fois pour toutes, veux-tu bien bannir la fourrure (et toutes les autres matières animales) de l'industrie du vêtement? A l'air du gore-tex et du latex c'est vraiment primaire. Ou alors, pour satisfaire mes besoins sadiques, suggère aux vieilles peaux et jeunes mannequins de se faire écorcher vives un doigt, histoire qu'elles assument en âme et conscience ce qu'elles ont sur le dos.
- enchaîne avec la maltraitance animale dans sa globalité, tant que tu y es, que tu peux simplement bannir (non et non et non, les animaux ne sont pas à notre disposition, ils font juste - malheureusement pour eux - partie du même écosystème que nous). Peut-être que l'homme une fois capable de s'occuper de la flore et de la faune deviendra capable de se responsabiliser pour lui-même? (un peu comme pour les post-cures où l'on suggère de commencer par prendre soin d'une plante verte, si elle survit on peut prendre un animal et s'il survit on peut envisager une relation avec un humain).
- et il y  a aussi les droits de l'homme, l'économie, les richesses mal réparties, la consommation raisonnable, une certaine forme de psychose mondialisée, (...) et tout le reste.

En fait je me rends compte que je souhaite beaucoup de choses quand même. Disons alors que je souhaite continuer à vivre avec des valeurs humanistes, les partager et peut-être convaincre d'autres de se mobiliser, que ce soit pour la protection animale, la préservation de notre biotope ou le droit de chacun à vivre en sécurité et dans le respect de ses convictions. Convaincre que seul on ne peut rien changer mais que si chacun fait un pas, c'est une force colossale qui se met en marche.

Vivre et laisser vivre.

Merci,
Une petite fille sage.



samedi 22 décembre 2012

Faceback

Le lait de la tendresse humaine. J'ai rarement trouvé un titre de film aussi beau. Et si je ne me rappelle pas de tout, je sais qu'à l'évocation de ces mots je peux ressentir le poids que peut être une maternité et qu'il y a des sanglots qu'on étrangle.

Si l'amour d'une mère est inconditionnel (il l'est?), il n'est pas sans faille. Il n'est pas sans mal non plus. Fait d'une histoire qui précède l'enfant, cet amour peut-être compliqué et tortueux ou clair et franc. Ou pas tout à fait ni l'un ni l'autre.

Montrer ce qu'on veut, cacher ce qu'on peut. Souvent quand on parle de maternité il est rare de pouvoir parler vrai.

Alors bien sûr que la maternité c'est merveilleux. Bien sûr que cela vous change une femme (ça c'est même une certitude) et que nos enfants sont des sources inépuisables de bonheurs, d'anecdotes, d'aventures et de moments plutôt mystérieux mais intenses. Ils sont créatifs, drôles, uniques. Alors sur Facebook on écrit "in love de ma poupette" ou "39°8, merci chérie pour ce day-off @ work". Mais dans la vraie vie on pense parfois une chose et son contraire. Nos statuts devraient plutôt ressembler à "p*** elle me gave avec son champ de pâquerettes dans l'oreille à rien écouter" ou "p*** encore malade et bien sûr c'est pas le père qui va prendre sur ses heures pour la garder".

Être mère c'est un état de fait qui vient à vous par la mise au monde d'un être vivant et le choix de faire partie de sa vie, de construire les bases qui le conduiront à prendre la route sans vous un jour. Même choisir de ne pas être mère en confiant à d'autres son enfant est un premier acte maternel très fort. Être mère ça s'apprend sur le tas, même aimer son enfant ça s'apprend. Je ne suis pas une grande adepte de la théorie de Badinter sur l'inexistence de l'instinct maternel mais il faut reconnaître qu'être mère n'a rien d'une évidence. Et qu'être mère n'a rien à y voir avec le fait d'être une bonne mère.

Être mère c'est être remplie d'ambivalences qui n'ont de cesse de vous poursuivre, de vous faire demander si vous faites bien, comment font les autres. Être mère c'est porter un poids terrible, celui de la culpabilité parce que, quoi qu'on en dise, si votre enfant ne rentre pas dans la norme ce sera toujours vers vous que les regards se porteront en premier.

Alors on met ce costume magnifique - et jamais tout à fait bien coupé - de la super maman épanouie qui certes assume de ne pas être parfaite (ça fait même plutôt bien) mais qui tout de même s'en sort et ne déborde pas. Jamais. Au grand jamais.

Une bonne mère ne crie pas sur ses enfants. Une bonne mère ne hurle pas. Une bonne mère ne met pas de fessée à ses enfants. Une bonne mère n'a jamais envie d'être ailleurs. Une bonne mère ne pleure pas. Une bonne mère ne ressent ni colère, ni fatigue, ni agressivité. Une bonne mère est une maman robot, au sourire figé et aux phrases toutes faites (je laisse également la possibilité qu'elle s'oublie complètement ou qu'elle soit sous Xanax ou les deux à la fois).

Parce qu'il est difficile, honteux même, de dire, de reconnaître ces sentiments terribles qui peuvent vous traverser. Une certaine violence, une certaine peur aussi. Cette crainte d'être comme sa propre mère ou de ne pas être à sa hauteur. Et parfois une lassitude terrible et le doute, sans cesse, le doute. Et ce qui rend plus que tout ces sentiments inacceptables ce n'est pas le risque d'un passage à l'acte, non, c'est le regard de l'autre. Cette peur d'être jugée et de ne pas réussir. Jugée sur une confusion - très humaine - dans nos sentiments.

C'est un fait, on en fait des choses qu'on ne devrait pas. Des choses qu'on sait inadéquates "mais voilà"... parce qu'il est 17h et que le père n'est pas là (toute mère qui se respecte sait ce que 17h veut réellement dire - les pleurs du bébé, les demandes de l'aînée, le retour de l'école, le rush du repas, du bain, les demandes croisées des enfants et ce père qui ne rentre - toujours - pas!) ... parce que parfois malgré ce désir profond d'avoir des enfants on se prend à regretter cette époque où on fumait un bon p'tit joint les pieds sur la table du salon et que manger à 22h était la chose la plus normale du monde... parce qu'on se tape le cul à faire de leur enfance une période magique remplie de souvenirs qui sentent bon le sucre d'orge et de licornes qui pètent des fleurs et qu'ils n'hésitent pas à vous dire "tu es méchante  et tu m'as fait mal"... parce que parfois on a juste "pas envie". Et on aimerait leur dire "tu me fais chier" mais que la valeur éducative de cette assertion étant plutôt pauvre, on ravale, sec. Pourtant ô combien on le pense.

Être mère c'est boire la coupe jusqu' à la lie (si cette vision fait trop tragique faut le voir comme le métier qui rentre).

J'aime mes filles et je bosse pour faire au mieux. Toutefois il m'arrive de me dire que je ne vaux pas grand chose comme mère, de me demander si mes tempêtes intérieures ne vont pas les bousiller à tout jamais et je me sens mal tellement je ne suis pas la mère que j'aimerais être. Quelle mère? Suis-je vraiment cette mère là?

Dans ces moments là ce qui me fait le plus grand bien, ce qui me rassure le plus ce n'est pas de savoir que mes filles sont géniales (ça je le sais) ni que ça finira par passer. Non, ce qui me fait du bien c'est de partager avec d'autres mères, aussi nulles que moi. Alors je relativise, je comprends, j'assume, je me sens moins seule. Il y aura toujours des mères pour nier l'évidence - être au-dessus de leurs sentiments - mais je me méfie de celles là, parce que si elles ne sont pas capables de ressentir leur colère, je ne les pense pas capables de ressentir l'amour non plus.

Mon elfe et ma grenouille mettent parfois beaucoup du leur à me rendre dingue. Quand il s'agit de choisir la tenue de ma fille de 3 ans 1/2 ça ressemble un peu à la collision entre deux planètes (sons et lumières inclus). Et pourtant il ne s'agit que du choix de la robe. Faut voir quand on parle éducation et limites. C'est qu'elle est têtue la gamine. Moi aussi. Je peux pas lui en vouloir. Je peux même l'aimer terriblement rien que pour ça. Mais merde, il y a des jours où 20 minutes pour mettre une manche de veste, en combattant une armée de Petits Poneys c'est juste trop. Et là je réalise que j'en ai deux de filles, pas de doute cette fois je suis foutue.

Je n'aurais jamais pensé dire ça un jour mais oui, il y a des choses qui demandent d'être parents pour être comprises - et pour se permettre un commentaire. Jamais plus jamais juger une mère, seule avec son enfant, dans le tram, un jour de canicule, qui lâche un peu de pression. Jamais. 

jeudi 20 décembre 2012

Apocalypse

Meeeerdeuh, demain c'est la fin du monde et je suis pas prête. Cette procrastination me tuera.


© Hergé "L'étoile mystérieuse"
Je n'ai pas eu le temps de refaire ma couleur (quitte à partir autant le faire avec classe), j'ai oublié de téléphoner au contrôle technique, je n'ai pas eu le temps de retrouver une jolie taille 38 (mais où l'ai-je donc rangée?), ma dernière petite folie shopping online n'a pas encore été livrée, je n'ai pas nettoyé mon frigo ni terminé de télécharger la saison 9 de Grey's anatomy et EN PLUS j'ai déjà fait mes achats de Noël - j'étais manifestement distraite ce jour là. Le point positif, le chat a son détartrage aujourd'hui, il sera donc à même de chasser avec l'haleine fraîche et les gencives clean dans le monde post apocalyptique. 

Mais que faire de ces dernières heures? Dilemme ô dilemme! 

Ne serait-ce pas l'occasion de partager tous ces sentiments trop longtemps contenus au nom du politiquement correct et de la paix des ménages? L'occasion de partager un flot de petites vérités toutes personnelles extrêmement soulageantes à dire et très certainement moins à recevoir. Pouvoir commenter certains statuts FB en toute franchise. Prendre une dernière fois le 95 et "mettre de l'ordre" dans le foutoir organisationnel que m'impose la STIB. Ca me démange. Trop. Tsssssss, trop de colère et pas de certitudes des bénéfices à le faire. Si la fin du monde n'a pas lieu, je serai condamnée à me rendre au boulot à pied. Pire, en voiture.

Ou alors... je pourrais en profiter pour avouer deux ou trois petits brols. Comme le fait qu'il m'est brièvement arrivé d'aimer un morceau de David Guetta (brièvement je le jure) ou que je suis une fan inconditionnelle de Vin Diesel? Ou manger d'une traite les restes de Saint Nicolas et puis tous les autres restes aussi parce que rien ne sert d'économiser aujourd'hui ce qui sera perdu demain. Bof pour les restes, en cas de non destruction de la planète je m'expose à une crise de foie fort pénible (et à un régime deux fois plus strict pour compenser ces excès).

Je pourrais aussi (enfin?) faire des projets fous puisque je sais désormais que je n'aurai pas à les honorer et que personne ne sera là pour me le reprocher. Genre tout claquer pour partir élever des chèvres dans le Larzac, me lancer dans trois carrières différentes où je brillerais de mille feux en assumant mon rôle de mère de l'année, faire un régime et m'y tenir vraiment, faire du sport. Risqué, le programme va être chargé dès le 22 décembre pour les 9 vies qu'il me faudra pour mettre en oeuvre le tout. Je suis trop paresseuse pour une fin du monde.

Je pourrais aussi - il est vrai - faire l'effort suprême et reconnaître que je suis une gentille fille, dire à ceux que j'aime que je les aime justement. Mais ça je peux aussi le faire tous les jours de l'année, avec ou sans fin du monde. Il me reste les grandes déclarations sur l'éternelle amitié, la profondeur de mes sentiments pour certains et certaines (qui l'ignoreraient encore parce qu'il m'est déjà arrivé - à mon grand désespoir - de le faire pour m'entraîner en vue du 21). Mais pourquoi s'encombrer de sentiments éternels pour 24h seulement?

Ah non je sais, je vais remercier nos amis les Mayas qui ont permis que nous nous amusions un peu durant cette année 2012 à l'heure où la politique en mode drama queen et le populisme occupent une trop grande place dans ce qu'il faut malgré tout appeler de l'information (à chier mais information quand même). Les remercier de nous faire oublier les politiques hypocrites de l'ONU, les sacrifices financiers que l'on nous demande de faire quand d'autres se vautrent dans leurs richesses, nous faire oublier qu'il y a un certain paradoxe à pleurer 20 enfants morts dans le Connecticut quand la politique américaine en tue des milliers dans le monde, nous faire oublier que pour des tas de gens c'est tous les jours un peu la fin du monde, nous faire oublier que le système nous asservit et que nous sommes les premiers à lui donner les outils pour le faire. Et parce qu'on se fout de Michèle Martin, de Gérard Depardieu, de Kate Middelton et que ce serait sympa de ne pas nous prendre pour plus con qu'on est (restons modestes, on est toujours le con d'un autre).

Bon, comme toutes ces prédictions ne semblent pas fiables à 100% (ce sera quand même la énième fin du monde), je fais tout de même mon linge. Parce que je ne suis pas sûre que mon mec apprécie l'excuse "apocalypse" quand il devra aller bosser en short en plein hiver. J'aurai bien l'occasion de participer à une autre fin du monde. 


mardi 18 décembre 2012

365 jours et 28 kg plus tard

Frais du jour, c'était l'idée d'un samedi matin il a un an et un peu plus. Mince déjà? Le temps passe.
Il s'en passe des choses en une année.
J'ai perdu 5 kilos.
Mon elfe a eu sa première opération.
Elle est entrée à l'école aussi. Et là il y a eu tous les "premiers ceci" et tous les "premiers cela". Et il y a eu la première fois où j'ai dû accepter qu'elle avait grandi.
Puis je suis tombée enceinte (mais je ne me suis pas fait mal).
J'ai perdu mon grand-père. J'ai beaucoup pleuré. Non, ça ne veut pas dire que je ne pleure plus.
J'ai couru derrière des crèches et j'ai fini par en attraper une. J'ai médité sur cette question.
J'ai revu de très vieux amis et de très vieux ennemis et j'ai pris une bière avec eux.
Autour de moi des gens sont partis vivre très loin.
Moi je suis partie à Coxyde, en Bretagne et j'en suis revenue.
J'ai pris dix kilos.
J'ai vu ma grand-mère lentement renoncer, parce qu'il y a des choses trop difficiles à vivre quand un grand amour est parti.
J'ai été ahurie par le manque de civilités de tas de personnes.
Je ne crois plus que la grossesse soit un état de grâce.
J'ai perdu une de mes tantes.
J'ai râlé sec sur l'administration et ses absurdités. J'ai obtenu ce que je voulais mais je ne suis pas sûre que mon coup de gueule y soit pour quoi que ce soit.
J'ai accouché de ma fille. Elle a les yeux bleus.
J'ai perdu dix kilos.
J'ai perdu ma grand-mère.
J'ai pas mal de colère qui s'est accumulée.
J'ai pas mal pleuré cette année. Je continue de pleurer.
Et j'ai perdu mon légendaire agenda dans la tête. Maintenant le mot que je préfère c'est PROCRASTINATION (sans doute parce que je ne sais plus faire autrement).
Souvent je mange des sandwichs de chez Roland avec de vraies amies.
J'ai pris trois kilos.
J'ai des tas de pensées qui m'ont traversée la tête sous la douche. Des tas d'idées fraîches du jour.
Si la fin du monde n'a pas lieu - ce que je ne peux qu'espérer parce que j'ai pour une fois pris la peine de faire mes achats de Noël en temps et en heure - j'aurai peut-être l'occasion de parler de tout ça.
12 membres et 1594 visites, qui l'eût cru?


jeudi 1 novembre 2012

Dans la maison vide

                                                    ©Marthe Bingen Willendyck - vacances familiales à Trégastel                                      

Ces derniers jours je pense souvent téléphoner à ma grand-mère pour lui raconter les dernières nouvelles, lui dire encore un truc ou deux qu'elle ignore depuis qu'elle est morte. Et puis je me rappelle qu'elle est morte justement et que je ne pourrai jamais lui dire ce qu'il me reste encore à lui dire. Elle ne saura jamais ce que j'ai bien pu dire de mon amour pour elle le jour de ses funérailles. Je ne saurai jamais ce que sa pensée a été quand son regard a croisé celui d'Alma. Désormais ma relation avec elle ne sera faite que de plus jamais.

Le coeur engourdi par les pertes successives de ces derniers mois et la tête farcie de souvenirs. Des pages et des pages d'anecdotes que je ne veux absolument pas oublier. Des souvenirs qui tournent en boucle et auxquels j'ai besoin de m'accrocher pour un moment encore. Pour garder mes morts plus longtemps mais aussi pour rendre ces absences plus vraies...

...des commentaires sur mes pertes et prises de poids, mes choix amoureux et vestimentaires, mes études, mon boulot, ma fille, ... Mon grand-père qui s'endort à table, qui joue avec nous, qui porte tout le barda dont ma grand-mère s'encombrait toujours... une veste en peau de mouton retournée, un menton qui gratte, des histoires sans fin et l'odeur du Brylcreem... le jardin, les fleurs, les messages sur le répondeur... des merles, des cygnes, des gaufres, des iguanodons... les photos et des vidéos que je n'ai jamais vues... des châteaux de sable, des matchs de tennis, des leçons de latin, des pulls et des chaussettes de laine uniques, des crevettes fraîches et des coupes de cheveux à pleurer... des fouilles archéologiques, la Grèce, l'Egypte, le monde entier... des vacances à la mer et des excursions partout, partout, partout... des questions attentives et touchantes, discrètes et aimantes... des regards doux, des sourires silencieux et si chaleureux...

Des lieux et des odeurs qui avaient pris tellement de place dans ma vie que leur absence me frappe de plein fouet. Cette omniprésence douloureusement absente.

De l'amour, de l'amour, de l'amour.

De la nostalgie. Une cuisine à jamais vide des odeurs et des bruits de casseroles. Un jardin que personne ne contemple plus. Une fenêtre fermée sur une chambre vide. Le soleil qui fait scintiller les grains de poussières à travers la porte fenêtre du salon et personne pour rompre ce silence. C'est insupportable. Il n'y aura plus de pistolets du dimanche, ni d'apéros ni de fête de famille. Maintenant c'est la maison des plus jamais.

Il s'agit de bien plus que l'absence éternelle de mes grands-parents. Le silence des mimosas c'est la fin de ce que j'ai toujours connu. C'est ça la mort.

J'ai dit au revoir à mon arrière grand-mère, à mes deux grand-mères, à mon grand-père. Et je connais la suite de l'histoire. Ce n'est pas ce qui m'empêchera de vivre, ni de mourir, mais je n'ai pas envie de faire semblant pour le moment que la mort m'indiffère ou que je l'accepte. Il y a des jours où ça fait drôlement mal de prendre la mesure des choses, de perdre. De parler sans plus personne pour écouter.

Quand je m'éveille la nuit, un pincement inquiet au coeur, je me prends à espérer que quelqu'un m'aimera suffisamment pour dire une seule des mille choses merveilleuses que j'ai pu entendre à leurs funérailles, verser une seule des larmes qui ont coulé et partager ne fût-ce qu'un seul des souvenirs heureux que j'ai aujourd'hui.