lundi 19 mars 2012

Comment se dire adieu


Perdre un être cher n'est jamais facile. Un coeur pleure l'absent pour mille et une raisons, étonnantes et surprenantes, que seul le jour du véritable chagrin pourra révéler. Se préparer, savoir l'inévitable ne change rien à la peine que l'on ressent ni à la force de celle-ci. J'ai pleuré il y a quelques semaines un homme grand que j'avais pour habitude d'appeler Bon-papa.
Ce grand-père que je ne pensais qu'à nous - sa famille - m'a surpris au-delà de sa mort. Au travers des hommages rendus, fussent-ils académiques, engagés ou familiaux, une même esquisse. Celle d'un homme qui aimait sa famille, qui était fier de nous et qui a transmis à tous de véritables valeurs. Un homme qui était aimé par d'autres aussi, beaucoup d'autres. L'émotion et la chaleur des paroles de ce jour m'ont profondément touchées. Elles m'ont apaisée. J'ai découvert par les échos du monde la profondeur de son être et de ses convictions dont je n'avais étrangement entrevu qu'une partie (sa leçon d'humilité sans doute). Et j'ai aussi (re)découvert mon héritage, la lignée dans laquelle je m'inscris. Je n'ai pas su tout comprendre lorsqu'il était là. C'était mon grand-père après tout, ni un professeur, ni un Docteur, ni un maître. Mais je n'ai aucun regret. Ce qu'il devait transmettre l'a été, par son tendre et discret accompagnement. Par ses leçons parfois agaçantes mais qui ont porté leurs fruits. Et par mon propre père. Ainsi va la vie, de génération en génération. Depuis le départ de mon grand-père il faut se reconstruire, chacun reprendre sa place, s'en faire une nouvelle, avec l'absence et tout ce qu'elle nous rappelle. Cette perte de fin d'hiver entame son lent travail de  deuil avec l'arrivée du printemps. Le chagrin se fait doux amer. On rit plus souvent, on chérit ce lien qu'on ne savait pas si fort, on partage des petites histoires comiques, on ressent la joie de passer du temps avec sa grand-mère et de la voir si bien. On parle de l'enfant à venir. Les absents nous rapprochent, sans doute un dernier cadeau pour la route. La vie continue.

Mon grand-père a écrit "creuser la terre, trouver les hommes" (ou était-ce "creusez la terre, trouvez les hommes"?). Un humanisme à toute épreuve dont on ne peut faire l'économie. Merci, je ne l'oublierai pas. C'est cet homme là dont je veux me souvenir, c'est cet homme là qui est mon grand-père, c'est cet homme là qui, durant ma vie et avec sa mort, m'a renvoyée à ce que je suis et ce que je peux encore choisir d'être.



jeudi 2 février 2012

Féminisme, féminité et respect de soi

"Le féminisme est un ensemble d'idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à promouvoir les droits des femmes et leurs intérêts dans la société civile. Il s'incarne dans des organisations dont les objectifs sont d'abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes. Si le terme « féminisme » ne prend son sens actuel qu'à la fin du XIXe siècle, les idées de libération de la femme prennent leurs racines dans le siècle des Lumières et se réclament de mouvements plus anciens ou de combats menés dans d'autres contextes historiques. L’objectif principal de la « première vague du féminisme » est de réformer les institutions, de sorte que les hommes et les femmes deviennent égaux devant la loi : droit à l'éducation, droit au travail, droit à la maîtrise de leurs biens et droit de vote des femmes constituent les revendications principales de cette période. Le mouvement féministe a produit une grande diversité d'analyses sociologiques et philosophiques. La deuxième vague féministe, qui intervient à la fin des années 1960 avec la naissance du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Women's Lib, a ainsi élaboré plusieurs concepts qui entendent rendre compte de la spécificité du rapport de domination exercé sur les femmes. C'est à cette période qu'est reformulé le concept de patriarcat, élaboré celui de sexisme et que l'accent est mis sur le domaine privé comme lieu privilégié de la domination masculine : le « personnel est politique ». Les revendications touchant au contrôle de leur corps par les femmes (avortement, contraception) sont placées au premier plan mais, plus largement, c'est à la construction de nouveaux rapports sociaux de sexe qu'appellent les féministes de cette deuxième vague. Dans cette perspective, la notion de « genre » entend « dénaturaliser » les rapports entre les sexes. Sous le nom de troisième vague féministe, on désigne à partir des années 1990, un large ensemble de revendications exprimées par des militantes féministes issues de groupes minoritaires, dans le sillage du Black Feminism." Merci Wikipedia (et vive l'accès libre au net et à l'information!).

Je ne voudrais pas me lancer dans l'analyse de ce qu'est le féminisme et sa perception aujourd'hui (certaines le font déjà et bien mieux que moi, chapeau bas madame) mais j'ai envie de m'arrêter un instant sur ma propre conception du féminisme et de ses représentations.

Un soir pas très lointain, autour d'un hamburger, entourée d'amies proches, le sujet surgit parmi d'autres, amené l'air de rien par la question de l'avortement (si si je me marre au resto avec les filles faut pas croire hein!). Je lâche "je ne suis pas féministe et les chiennes enragées qui défendent les femmes, très peu pour moi, je me passerai de leur soutien". C'est vrai quoi, ces féministes qui crient partout qu'on est l'égale de l'homme, qu'on vaut un homme, qu'il faudrait d'ailleurs en pendre quelques uns par les couilles pour mettre fin à l'oppression de la femme, ça me parle pas beaucoup. Si je peux entendre, croire, admirer les femmes qui ont eu le courage de faire entendre leurs voix il y a des décennies, je me dis (un peu endormie sans doute) que finalement ce n'est plus le même combat aujourd'hui et qu'il ne faut pas exagérer. Une petite claque mentale plus tard, je suis obligée de reconnaître que ce n'est pas vrai. Comme mon amie me le fait remarquer justement, je confonds être l'égale de l'homme et être son semblable. Je rejette souvent les "féministes" parce que je comprends mal le discours et que j'ai le sentiment qu'elles veulent que nous soyons semblables aux hommes. Moi je n'en ai pas envie. J'aime être une femme. Je ne suis pas comme un homme, j'aime que nous soyons différents et complémentaires (et franchement quand il faut faire les travaux dans l'appart' je me fais ardente défenderesse de la femme sans muscles qui ne peut porter des tas de gravas sur deux étages...). C'est clair, je défends ardemment l'idée de ne pas être semblable à l'homme et même les nombreux avantages que cela comporte (des aspirations aux attentes, de la mode aux obligations). Nous ne sommes pas semblables, c'est bien, mais nous ne sommes pas égaux, c'est mal. Je disais donc quelques lignes plus haut que je m'étais "un peu endormie" sans doute parce qu'il me vient parfois à l'idée que ma génération (les 70' et début 80') est  larguée en terme de combat. Beaucoup de grandes causes ont trouvé une apogée avant nous et si le combat n'est pas fini, l'enjeu est moins visible. Notre boulot aujourd'hui est d'enraciner ce qui a été gagné, d'éviter le recul des mentalités et d'engager les nouvelles générations vers de nouvelles perspectives de réflexion. Bref, as usual on laisse tomber avant la fin, on s'essouffle, on néglige le détail, on s'endort au moulin. On oublie. Mais la réalité est que les inégalités sont bien là, encore et toujours. Exemple? La protection de la maternité, le congé de maternité et son "salaire", les considérations de nos supérieurs hiérarchiques, nos collègues, ..., mince parfois je me dis que je suis la seule des deux sexes à pouvoir porter un enfant (pour le coup ce n'est pas un choix) mais à quel prix! Presque obligée de me justifier de cette grossesse (je la pique à une collègue - véridique). Et je me dis (idiote) "c'est vrai, c'est pas facile pour un service de gérer ces remplacements et ces écartements prophylactiques" - enfin là je rêve parce que chez nous ce n'est vraiment pas d'application. Bref, je me demande aussi, lorsque ces mêmes responsables engrossent leur femme, s'ils se demandent si cela va poser problème au chef de ladite femme? Sûrement pas. Et les pires ennemies des femmes enceintes sont elles-mêmes. Prises dans un fonctionnement de société où il nous faut être femme avant d'être mère, performante et rentable, nous marchons sur nos droits. Je ne cesse de marteler dans les couloirs du boulot que "je suis enceinte mais je ne suis pas malade, pourtant je veux être ménagée, pas parce que je suis une nouille mais parce que c'est mon droit". Remettons-nous en question le droit de vote de 1948? Non. Ne remettons pas le reste de nos droits sur la sellette. Bon là je suis un peu concernée par la thématique de la femme enceinte puisque je suis en mode poule couveuse pour les mois à venir. Est-ce cela qui m'a fait dresser le sourcil à la lecture de "ni maman, ni objet, ni putain". Mais c'est quoi ça? Qu'est-ce qu'elles veulent les femmes à la fin? Je suis une femme, je suis une mère, je me sens bien. Je ne suis pas objet, parfois ou si peu. Je ne suis pas putain (je suis déléguée...).

Mais les femmes sont bien d'autres choses que cela. Pourquoi se définir dans le rejet de catégories réductrices qui plus est. Coincées dans des carcans on ne sait plus ce qu'on est ou ce que l'on devrait être. Je me sens partagée entre statut et étiquette, sans savoir ce qu'il convient de respecter pour être fidèle à mon genre, sans être respectée moi-même par ces défenderesses des femmes. Perdues dans nos représentations, nous nous perdons nous mêmes. Ne faudrait-il pas accepter la multiplicité de ce qui nous fait? Les blagues sur les femmes ne sont-elles pas remplies de ces sous-entendus qu'il faudrait plus d'une vie pour lire le mode d'emploi d'une femme étant donné sa complexité (celui de l'homme ressemble plutôt au mode d'emploi Ikea - doit-on l'envier?). Je n'aime pas rejeter tous les modèles, je n'aime pas l'indépendance absolue. La femme est l'altérité de l'homme. Nous ne pouvons nous définir les uns sans les autres et nous avons besoin des uns et des autres. Je ne potasse pas tous mes sujets à fond (sinon je n'écrirais pas des petites pensées du jour mais une thèse). Toutefois je ne comprends pas (et j'espère très sincèrement avoir manqué le fond du discours) des affirmations comme le fait que de revenir à une maternité naturelle est un recul, que l'allaitement est un piège qui enferme la femme dans sa condition. Peut-être ai-je une chance folle mais dans mon nid, c'est moi  qui décide de cela. Mon homme il est d'accord...de me laisser décider. Si je le sens tant mieux, si je ne le sens pas c'est mon choix. Mon homme il dit que c'est mon corps et que je dois agir en fonction de ce que je me sens capable de faire. Il respecte mon choix. Et plus encore que cela il est prêt à en discuter si je le désire. N'est-ce pas là un véritable respect de mes choix et de ma condition comme de la sienne? Je remplis sans doute bien des stéréotypes de la femme et mon homme un paquet de ceux des hommes. Nous nous battons parfois sur ces questions mais ce qui nous tient fondamentalement à coeur c'est de permettre à l'autre de s'épanouir, de tendre au plus près de ses aspirations. Ce qui nous tient à coeur c'est le respect de ce que nous sommes.

Je ne serais pas juste de ne parler que de la femme mère (puisque je m'acharne à démontrer que nous sommes multiples) si je ne parlais pas des ces femmes sans enfants. Et c'est pour moi celles qui sont le plus à plaindre. Non parce qu'elles n'ont pas d'enfants, chacune ses choix, mais parce que cette société qui se veut tellement ouverte sur les droits de la femme ne peut concevoir qu'une femme ne remplisse pas son "devoir" (merde si t'as pas de gosse et que tu n'es pas carriériste c'est trash en soirée de justifier le sens de ta vie!). Et toujours de retomber dans le même paradoxe, on nous reproche d'être soumises à la maternité, on nous reproche de nous y refuser, ballottées d'une étiquette à l'autre,c'est toujours aussi difficile d'être femme. Les mentalités ont certes fait de grands progrès depuis des décennies mais comme toujours à vouloir trop en faire on ne sait plus où aller, quel dogme satisfaire ("dogme" car je ne pourrais pas qualifier ces théories de libres pensées). C'est toujours aussi difficile d'être femme après tout ce temps. Je ne sais plus de quoi je peux être fière. Et sincèrement je plains les mecs aussi. Dans cette société où nous devons être tout à la fois, nous ne pouvons que nous heurter, sexe opposé, pas semblables mais égaux. Avant de vouloir changer "l'homme", c'est aussi les femmes qu'il faut changer. Ce sont d'elles dont je me méfie le plus quand il faut parler féminisme. Si tu ne te respectes pas toi-même comment peux-tu attendre cela de l'autre?

Je ne remet aucun combat en cause (à peine le fond et la forme), les inégalités sont toujours bien réelles et la lutte continue. Serez-vous avec moi le 24 mars 2012 pour marcher pacifiquement au nom du droit à l'avortement? Vous m'y verrez enceinte de 4 mois, ma fille à la main, ma copine célibataire et sans enfant pas loin (c'est une fille bien quand même!). Les droits sont l'affaire de tous. Et je ne cesserai d'emmerder mon boulot avec mes droits de femme et de mère tout comme je ne cesserai de militer pour les droits de l'Homme, de la vie sauvage, des animaux, de la nature, de la liberté d'expression, pour l'abolition de la peine de mort. Mince le respect c'est un boulot à temps plein.

Ma fille, Lola chérie, je te souhaite d'être une femme accomplie. Tu devras définir toi-même le sens de cet accomplissement mais je te promet de t'y aider, de te guider sur le chemin de l'humanité et de la féminité. Je t'aime.

the secret life of my bag

Chloé Bingen


For Lucia - a true Lady...

L'accessoire mode indispensable, le fourre-tout traditionnel, le truc utile, des hommes aux femmes, le sac à main... Un petit tour, au petit jour dans mon sac à main (dans mon cas ce serait plutôt à épaules, façon besace).

Le sac: comme c'est l'hiver et qu'il pleut, il est imperméable, 2 tirettes sur 2 sont abîmées, le fond est usé, les poches secrètes sont pleines de tickets de caisses dont je ne fais rien si ce n'est des boulettes de papiers et de mouchoirs (de la serviette de snack aux feuilles de PQ, parfois de vrais mouchoirs aussi). "Le sac" change avec les saisons et avec les humeurs.

Les bases (de la vie moderne, capitaliste) : un porte-monnaie, un porte-cartes, un abonnement STIB et un porte-chèques repas.
Le beauty-case: chewing-gum menthe cerise (haleine fraîche), baume à lèvres hydratant bio, gouttes pour le nez à l'eucalyptus (il ne faut pas avoir le nez bouché pour les utiliser bien sûr), gel nettoyant sans eau ni savon pour les mains, pinces à cheveux de Lola.
Les techniques: iPod touch (Unplugged Nirvana - Lake of Fire), clé USB (pleine de biscuit écrasé, probablement inutilisable), un roman ("La route" pour la route car "La couleur des sentiments" - édition luxe - est trop encombrant).
Les utilitaires: para(la)pluie (dirait Lola), sac en tissu réutilisable pour le shopping du midi ou de 16h.
Les nouveautés: carnet ONE 2012 de la future mère et ses indigérables vitamines de grossesse...

L'accessoire mode raconte des histoires. Ma clé USB celle des biscuits qu'en bonne mère je balade toujours avec moi au cas où la demoiselle aurait un creux sur la route. Elle dit aussi qu'il serait temps de renouveller le stock vu qu'il n'en reste que des miettes. Mon iPod et mes chewings gum sont des éléments de survie indispensables dans la jungle des transports en commun où la promiscuité forcée ne peut être soulagée que par un isolement auditif et odorant (n'en déplaise aux distributeurs de sourires gratuits, ils n'ont visiblement pas les mêmes camarades de voyages que moi). Mon carnet ONE est le guide papier (rendez-vous, prises de poids, prises de sang, échographies) de cette nouvelle aventure parentale qui trouvera son aboutissement en septembre. Mon parapluie me rappelle le jour où Lola a voulu le tenir elle-même et mon sentiment de marcher à côté d'un mini champignon rouge à pois blancs. Mon sac est grand et peu rempli le matin parce qu'il se charge au fur et à mesure de la journée. D'une salade achetée pour midi et d'une bouteille de jus de citron-gingembre (pour les nausées), de papiers divers (ils se reproduisent dans mon sac...). Il se charge des mille et une choses que Lola ne voudra pas porter sur le chemin du retour de l'école et qu'il faudra bien mettre quelque part. Le week-end, il se remplit de culottes de rechange (pour Lola hein!), d'un doudou, d'un berlingot de lait de riz chocolaté, d'un article de journal que ma mère a gardé pour moi, des clés de mon homme (qui ne voit pas l'utilité d'avoir un sac puisque j'en ai un où déverser ce qui encombre ses poches), de photos de Lola a donner à mes grands-parents, d'une babiole glanée dans un magasin pour trois fois rien.

Mon sac est un objet qui m'énerve, dont je ne suis jamais satisfaite. Mon sac est plein de choses dont je ne me rappelle pas. Mon sac raconte des histoires à ceux et celles qui veulent bien les écouter. Mon sac est un sac de fille.

dimanche 22 janvier 2012

De l'art de cultiver les fleurs


                 © Chloé Bingen
The North is to South what the clock is to time
There's east and there's west and there's everywhere life 
I know I was born and I know that I'll die
The in between is mine
I am mine

Pearl Jeam - I am Mine

2012. Bonne année. Le moment des (bonnes) résolutions s'il en faut. A cette occasion je me suis offert le luxe d'un petit cadeau à moi-même en guise de bonne résolution. Cette année je me dis que je suis quelqu'un de bien, j'y crois et j'assume. Difficile exercice. Mais si ce n'est pas à mon âge (pas si avancé mais plus si jeune) que je m'y mets, quand alors? Faire sa propre éloge ou du moins s'envoyer quelques compliments est un art difficile.
Le premier écueil en ce qui me concerne (et la première réflexion qui me vient) c'est que c'est d'une prétention sans fin. D'avance je pense à tous mes défauts. Quel dommage. Pourquoi devrais-je justifier mes qualités en les assortissant d'un bon nombre de défauts. Pourquoi n'est-il pas possible ou si mal aisé de se dire "mais oui j'en vaux la peine". Si une grande marque de cosmétiques sans éthique peut s'offrir ce slogan, ma petite personne engagée n'a pas de raison de s'en priver. Et puis en toute mesquinerie et suffisance, si des tas de cons se permettent le luxe de se trouver bien... Allez, je me lance... Pendant mes études mon maître de stage me disait souvent que si j'étais capable de faire d'excellentes critiques et remises en question, il fallait que je travaille l'acceptation de mes qualités. Quelle idée me disais-je à l'époque! Pourquoi perdre son temps à travailler cela? Qu'importe ce qui est bien fait, ce qui compte c'est ce qu'il faut encore changer, améliorer. Elle m'avait pourtant prévenue que cela me causerait du tort. Et elle n'avait pas tort. Progresser, s'éveiller, grandir, c'est aussi partir de ce que nous sommes, de ce qui est bien acquis et sur lequel nous pouvons compter. Pour 2012 (mais j'avoue j'avais entamé l'exercice en 2011) je me suis mise à l'écoute des compliments (tadaaaaa). Et je vous livre quelques perles sur "mon engagement, mes qualités professionnelles, ma fidélité en amitié comme en famille, l'excellent chef que je ferais, mes analyses fines et justes, mon écriture de qualité (nous ferons l'impasse sur l'orthographe), ... Et d'autres encore toutes aussi douces à mon coeur. Bref, ce ne sont pas les compliments eux-mêmes qui comptent mais, d'une part me rendre compte qu'il y en a, et d'autre part les entendre. Je suis contente d'avoir fait ce pas. La reconnaissance de nos qualités ne vient pas toujours de là où nous le souhaiterions et c'est d'autant plus rare qu'elle vienne de nous mêmes. J'insiste sur le côté altruiste (mais oui) de ma démarche aussi paradoxal que cela puisse paraître. Si tu ne commences pas par t'aimer toi-même, comment être aimé de l'autre? Est-ce si mal de se faire un peu de bien et d'être fier de soi? On ne peut pas tous être des héros de la sphère publique. Mais on peut tous se dire que finalement, quelque part, on est quelqu'un de bien. Et on peut être fier de soi. Parce qu'on est un bon cuisinier (sans être chef étoilé), parce qu'on peut bien écrire (sans être le Goncourt de l'année), parce qu'on joue bien de la guitare (sans être un artiste connu), parce qu'on est de bonne écoute (sans être un psy), parce qu'on peut diriger une équipe efficacement (sans être un dictateur). Je termine intentionnellement mes exemples en citant les qualités de chef parce que c'est une petite anecdote professionnelle qui m'a donné envie d'écrire ce billet d'humeur. Et qui m'a piquée suffisamment au vif pour me sortir de ma léthargie d'employée de niveau 2+ (j'avoue, je me mets à nu). Passons les détails mais disons que dans une réflexion sur un plan de carrière (chose dont je ne suis pas fan mais sur laquelle il faut à un moment s'arrêter ne fusse que pour remarquer que l'on n'en a pas) je me suis heurtée à la hiérarchie. Plus précisément à ce que certains supérieurs hiérarchiques pouvaient penser de ceux occupant les postes "d'en bas", nous les sous-fifres... Il leur semblait invraisemblable que nous puissions un jour occuper leurs postes et plus encore même que nous imaginions pouvoir le faire. Mince, la claque. C'est donc ça que "là-haut" ceux qui nous dirigent pensent? Aïe. Je ne serais donc pas grand chose à leurs yeux? Juste une déléguée dans la masse, considérée comme une enfant plus ou moins sage. Mais qui n'en reste pas moins une enfant, une petite chose qui surtout ne doit pas s'imaginer être ailleurs que là où elle est. Aïe. Et là, au détour d'un couloir et d'un échange avec une amie pleine de sagesse (et d'humour) je me rappelle qui je suis, ce que je suis. Pour ma part, une fille de bonne famille, bonne éducation, bonne école, bonnes études, connaissances culturelles diverses et variées, avec des convictions assumées, des goûts aussi fins que surprenants, ayant voyagé, parlant plusieurs langues, avec de nombreux amis, un homme, une fille incroyable, des chats de cirque et quand je veux, j'ai même un langage châtié. Je ne suis pas cette fille déconsidérée par ces personnes déconnectées de la réalité que sont mes supérieurs hiérarchiques. Rappelle toi Chloé, tu te fiches de ce qu'ils pensent, tu vaux mieux que ça, tu es au dessus de cela. Tu es cette fille pleine de qualité qui peut être fière d'elle. Tu es entourée de personnes pleines de qualités qui peuvent être fières d'elles. Et puis de quelques tristes personnages aussi. Ne pas convenir à tous ne fait pas de moi quelqu'un de moins bien. Tout cela est peut-être limpide pour certains depuis longtemps mais je suis nouvelle ici. Il y a peu de temps que j'ai découvert que l'approbation de l'autre n'est pas tout, celle de soi-même et de notre propre équilibre est toute aussi importante, plus importante même. Et tant pis pour le grand équilibre cosmique (merde alors). C'est ça finalement l'histoire, c'est à moi de me définir. Je n'ai pas à rougir de qui je suis. Demain je ferai la liste de mes défauts (dont la prétention et l'arrogance seront les têtes de liste) pour compenser ce trop plein d'amour de moi-même et ce manque d'humilité. Je ne cache pas qu'écrire cette petite bafouille a été très difficile mais je veux aller jusqu'au bout de la démarche. Il le faut, je me le dois. Je m'assume comme personne terriblement chouette. Na!

J'ai connu un garçon dont le poisson rouge changeait de couleur quand il était amoureux et à qui j'ai offert un vase pour mettre les compliments dont il ne savait que faire. Ce billet est pour toi mon ami.


vendredi 23 décembre 2011

Me, Myself and I


                            © Thierry Bingen

En lisant le blog d'une amie je suis tombée sur ce petit jeu du "qui suis-je", elle-même l'ayant pêché chez une autre bloggeuse, faisant elle-même le relais de cette petite (presque) tradition (etc, etc, ...). Passé le premier moment d'hésitation (c'est comme même fort nombriliste comme activité), c'est assez drôle finalement. A la lecture, je ne sais pas mais à la rédaction sûrement. C'est réducteur, incomplet, suffisant et j'aime bien ça. En quelques questions superficielles et quelques réponses brèves c'est intéressant de voir ce que l'on projette de soi ou ce que l'on aimerait projeter. Un instantané d'ici et maintenant. J'aimerais retrouver ceux du même genre que j'ai fait par le passé, les comparer et découvrir quelle part de moi ne peut se travestir. 

Les bases...
Prénom : Chloé.
Surnoms : Clo, Clopi, Clopinette, Lou.
Jour de naissance : 3 septembre.
Lieu de naissance : Bruxelles
Signe du zodiaque : Vierge.
Profession : fait dans le social
Mes signes (pas si) distinctifs...
Couleurs des cheveux : 20 ans de teinture au Henné...peut-être sont-ils chatain clair en réalité? 
Longueur : courts avec une petite mèche rebelle.
Couleur des yeux : bruns quotidien - noirs colère.
Caractéristique à mon avantage : un certain sourire en coin?
Piercings : les oreilles. Nez et nombril dans ma jeunesse.
Tattoos : non.
Gauchère ou droitière : gauchère comme on n'en fait plus!
Mon premier...
Meilleur ami : Marc, toujours un ami, devenu parrain de ma fille.
Récompense : les applaudissements de mes parents après ma première cuillère de purée?
Sport: Je devrais recevoir le prix de l'enfant la plus douée pour éviter toute forme de sport.
Véritables vacances : dont je me souvienne, le Sud (très chaud) de la France, la Bretagne et l'Algérie.
Concert: Serge Reggiani (mes parents n'avaient visiblement pas de baby-sitter ce soir là).
Mon préféré c'est...
Le film: Princess Bride.
Le TV Show: Dawson's Creek.
La couleur : noir.
La chanson : Lullaby - Dixie Chicks.
Le restaurant : "Cantine-Vino-Schiavi" - Venise.
Le magasin : Les choux verts.
Le livre : Le coeur sous le rouleau compresseur - Howard Buten.
Les chaussures : Camper / Birkenstock / All Star (sont tolérées Havaïanas, Kickers et UN modèle de Mephisto).
A ce moment précis...
Je me sens: enrhumée.
Je suis en couple ou célibataire : en couple.
Je bois : un caffè latte macchiato.
J'écoute : Kozmic Blues - Janis Joplin.
Je pense :  que c'est le dernier jour de crèche de ma fille.
Je regarde : mon chat qui me regarde.
Je porte : un pantalon de pyjama beige à carreaux, un hoodie bleu marine, une paire de birkenstock.
Dans le futur...
J'aurai des enfants: Et de un! Deux?  
J'aimerais me marier :  "oui"
J'ai un plan de carrière : d'un poussin devenir une poule? 
J'aimerais vivre:  pas trop loin de ceux que j'aime.
Je crois...
En Dieu : non.
Aux miracles : oui mais sans jamais totalement les dissocier du hasard.
Au coup de foudre: oui (testé et approuvé).
Aux esprits : de la nature?
Aux aliens: sur le mode Roswell, non.
Aux âmes soeurs : oui...
Au ciel : s'il est bleu.
À l'enfer : au boulot.
À s'embrasser au premier rendez-vous : avec ou sans alcool? 
En moi-même : j'en prends tous les jours la résolution...






dimanche 4 décembre 2011

Le verre à moitié plein de maman d'amour

© Chloé Bingen
Il faut savoir aimer la vie (oufti le programme! oui, aujourd'hui je suis audacieuse, j'ai la gueule de bois). Malgré les jours à vide, ceux où il est difficile d'empêcher le décompte des merdes ennuis et de se demander "pourquoi moi?", ces jours où Calimero est ton maître à penser. Les jours vides sont ceux où tu te laisses aller à la mesquinerie. Tu te rappelles les paroles qui blessent, qui agacent, les choses que tu aurais aimé répondre ou dire, que tu aies tort au raison. Ces jours là tu regardes la vie des autres et tu te demandes pourquoi la chance leur sourit à eux - qui n'en touchent pas une. Tu t'en veux aussi parce que c'est un jugement et que finalement même les cons ont droit au bonheur (dure réalité mais qui t'amène à penser dans les bons jours qu'on est toujours le con d'un autre et que donc la chance devrait tourner). Tu te dis que ça aurait été bien quand même si t'avais reçu ta dose avant eux. Tu te les ramasses à la pelle ces contrariétés et si t'étais croyant tu te dirais que vraiment Dieu t'en veut. Dieu merci je ne suis pas croyante. Tu t'en veux aussi parce que parfois tu ne te donnes pas les moyens de faire ce que tu veux et tu en veux aux autres de l'avoir fait (ils m'éééééénerfent ceux là qui ont les c*** que je n'ai pas).
La somme des contrariétés a cela de magnifique c'est qu'elle n'est pas restrictive. Toutes les petites choses que tu n'aimes pas peuvent s'y glisser, du portefeuille volé à des amis qui ne te rappellent pas, de ton grand-père dont l'état de santé fait écho au fait que rien n'est éternel et que ceux que tu aimes te quitteront un jour, à ces amis prêts à accueillir un enfant mais qui ne vient pas, de ce boulot qui te bouffe mais où tu ne veux pas prendre du repos parce que le retour sera encore pire, à tes voisins que tu hais parce qu'ils éveillent le pire en toi, ... Parfois ça ne te concerne même pas mais tu en fais ton problème malgré tout. Ces jours là sont ceux où tu es envahi (tadaaa!). Et dans les méandres de ton cerveau tu ne trouves plus le chemin qui te mène à la légèreté et à la distance. Et puis boum! Tu te repasses le film et cette fois tu te dis que c'est ça la vie. Il y a du pain noir au menu mais il y a du dessert aussi (avec ou sans fromage). Est-ce l'effet des mantras que tu as récités à perte ? (j'ai une valise pleine de proverbes dont j'use et abuse pour contrer le pain noir) ou une relativisation miraculeuse qui te fait dire que tu as beaucoup comparé à d'autres et que la vraie sagesse est d'en prendre conscience. Donc Boum! Là, l'oeil neuf tu regardes ces peines/soucis/chagrins/colères et tu te sens bien. Finalement, est-ce bien nécessaire de sacrifier une amitié sur l'autel du combat quotidien pour se parquer dans ta rue? Est-ce bien nécessaire de te faire tant de mal à constater que l'autre te fait tant de mal? Après tout l'autre se fout de toi et le temps que tu sacrifies à y penser, il/elle le passe à bien d'autres activités sans se soucier de toi... Tu te dis  - magnanime - que dans ta grande bonté tu es au-dessus de la mêlée et que tu ne veux pas perdre une minute de ton temps à être mesquin, à être chagrin. Boum! T'es reparti dans l'autre sens. C'est bien tous ces sentiments dégoulinants et ce regard un brin condescendant sur l'autre mais finalement après 45 minutes à tourner pour chercher ta place de parking, tu l'encastrerais bien ton voisin. Et c'te c*** qui te fait c*** tu lui sortirais bien ses 4 vérités. T'as envie de mettre ta coquille sur la tête et de crier bien fort "c'est trop injuste!". Dans ces moments là (si t'as pas l'effet Boum! inverse), arrête toi. Ouvre par exemple un livre de Pancol qui finit bien (essaie avant de dire que tu n'aimes pas!). On a tellement pris l'habitude que tout finisse mal que ça paraît toujours fleur bleue quand ce n'est pas le cas. D'autant plus si le héros est de classe moyenne (une tranche anonyme sans problèmes percutants). Arrête toi et fais toi un tchaï au coin du feu. Arrête toi et mets le dernier album que tu as reçu d'un ami (un collector limited edition quand même!). Tu peux même lire ton livre en buvant un tchaï avec Wallis Bird en fond sonore. Si tu n'as pas tout ça, que tu n'aimes pas le tchaï, Katherine Pancol ou Wallis Bird tu peux quand même t'arrêter et prendre le temps d'une respiration pour regarder ce qui t'entoure. Moi je vois des livres, des dessins d'enfants, une guitare, une tasse de café, un chat qui ronronne (et qui perd ses poils), une boîte de Dafalgan. Et là je dois faire un choix. Râler parce que mon cher et tendre ne met pas sa tasse au lave vaisselle? Râler en regardant la couche de poils de chat à aspirer? Se dire qu'on n'a plus 20 ans et que hier au bar c'était marrant mais ce matin ça craint? Ou?... Me réjouir parce que mon grand-père va mieux et qu'il parle avec passion du fond de son lit d'hôpital des livres qu'il lui faut encore écrire (et tant pis pour ceux et celles qui l'enterraient déjà!). Me réjouir d'avoir retrouvé des amis, autour de mojitos en cascade ou derrière une guitare! Ecouter ma fille chanter à tue-tête et en boucle "La-mère-Michel-mon-petit-lapin-promenons-nous-dans-les-bois-petit-escargot-bateaux-sur-l'eau-un-petit-canard-au-bord-de-l'eau-..."! Et entendre cette même cantatrice coquine te dire un lundi matin "tu es ma maman d'amour". Parfois, je dis bien parfois, c'est une question de remplissage. Un verre à moitié vide ou un verre à moitié plein. Ni démago' ni idéaliste je m'arrête 5 minutes sur les petits plaisirs de la vie, version bonne cuvée. Ca ne sauve pas tout et faut-il encore les voir mais parfois quand la valse des sentiments à chier t'emporte dans le tourbillon magique du moral à zéro, faut bien s'accrocher à quelque chose. Les petits miracles, les petits mots, les petits hasards qui n'en sont pas. Et puis quand t'as fait une accroche il ne reste plus qu'à lâcher prise (ah ben oui sinon tu vires pathétique) et te laisser porter par cet indéfinissable sentiment de bien-être, le temps qu'il durera. Prends ce qu'il y a à prendre. Si tu t'assieds c'est pour mieux repartir, pas pour te contempler le nombril (sauf si tu te sens particulièrement bien). Le pain noir revient de temps en temps sur la table, les verres se vident et se remplissent. Tu bois seul ou accompagné. C'est comme ça la vie. Dans toute son éclatante banalité. Loin de faire la morale, la fleur aux dents et le sourire aux lèvres, j'avais envie de partager mon verre à moitié plein - aujourd'hui - avec ceux qui le veulent. Santé!

vendredi 25 novembre 2011

Prise de risque



© photo Thierry Bingen - voyage en Palestine, novembre 2011.
...Now the sweet veils of mercy
drift through the evening trees
Young men on the corner
like scattered leaves
The boarded up windows
The hustlers and thieves
While my brother's down on his knees
My city of ruins
Come on rise up!
(Bruce Springsteen)


La première chose qui me vient à l'esprit en pensant au conflit Israëlo-Palestinien c'est qu'il est difficile d'en parler. Et que c'est le sujet qui va vous plomber une soirée (croyez moi, même entre amis, à moins que ces mêmes amis partagent presque inconditionnellement votre point de vue). La réponse la plus courante lorsque le sujet se profile est "tu sais c'est un sujet très complexe et je ne maîtrise pas toute l'histoire et les enjeux". Bouhou! C'est un sujet qui fait peur parce qu'il faut parler des juifs et des arabes. Des mots qui font peur parce qu'ils sont connotés, chargés de sens ou d'émotions. Et que la terreur d'être désigné comme antisémite nous fait taire (on se demande bien à quel titre d'ailleurs mais avouons le tout de même, en ces temps d'amalgame...).
Haut les coeurs! Il est temps de mettre des mots sans en avoir peur. Il est temps de parler. Comme beaucoup il est vrai que je n'ai pas une perception pointue du conflit sur le fond historique, je n'ai pas potassé des milliers de livres sur la question, je n'étais pas née en 1948, je ne suis ni juive, ni Israëlienne, ni arabe, ni Palestinienne. Mais je suis humaine, avec un fond d'humanité en moi (ce à quoi tous les humains ne peuvent prétendre...). Et à ce titre je suis en droit de parler des droits humains et de leurs bafouements. J'ai le droit de ne pas accepter de me taire face à l'Histoire qu'il faut respecter. L'histoire c'est l'affaire de tous et elle ne se conjugue pas qu'au passé. Aujourd'hui en Palestine il y a des personnes qui vivent dans un état de guerre. Certains l'ont choisi, d'autres pas. Certains boivent du champagne au bord de la plage, d'autres sont privés d'eau. Certains sont modérés, d'autres moins, il y a même des extrémistes. Il y a même des colons en territoire Palestinien. Oui. Ces colonies sont des violations systématiques des droits humains et ne peuvent pas vous laisser indifférents. Oui. Mais je suis en colère plus globalement sur la négation de la souffrance engendrée par cet état de fait dans lequel grandissent aujourd'hui des enfants dont on ne pourra rien attendre d'autre que de la colère et des représailles violentes si le déni persiste. Je ne peux croire que les enfants de Gaza, évoluant depuis leur naissance dans un état traumatique, puissent plier sous le poids de l'oppression sans révolte. Il y a pourtant - il faut le souligner- en Israël, et partout dans le monde, des personnes de bonnes volontés, de toutes les communautés, qui travaillent à un processus de paix. Plus ou moins loin des grands de ce monde, qui manifestement ont des priorités toutes particulières en terme de paix, il y a des travailleurs sociaux, des idéalistes, de fervents humanistes qui désirent ardemment cette paix, cette reconnaissance de l'autre dans sa richesse. Pendant ce temps là il y en a d'autres qui persistent et signent dans l'ignorance. Ces autres érigent des murs, humilient des hommes et des femmes, colonisent, privent d'eau et de logements des familles, détruisent un héritage. Ces autres attisent la haine et tentent de nier les droits, même l'existence, de ceux qui sont leurs frères. Sans doute ne peuvent-ils se reconnaître dans ce lien, trop acharnés à le détruire. Parler du conflit Israëlo-Palestinien ce n'est pas que parler d'histoire millénaire ni de celui qui était là avant l'autre (sinon peu de pays ou de peuples pourrait aujourd'hui s'arroger le droit de leur terre). Parler de ce conflit c'est avant tout parler d'un Etat de souffrance. La souffrance de ceux privés de beaucoup ou de tout, surtout privés de leur dignité. La souffrance aussi d'un groupe de personnes qui en opprime d'autres. Au nom de sa propre histoire? Ce serait le paradoxe absolu. Si la 2ème guerre mondiale devrait nous avoir appris une leçon c'est que la barbarie la plus absolue est possible et qu'il est de notre devoir de ne pas la laisser se reproduire. Le drame de la 2ème guerre mondiale n'appartient pas à une et une seule communauté parce que ce drame est de la responsabilité de tous. Et aujourd'hui il en va de même quant à cette responsabilité - commune - de refuser le déni d'un peuple par un autre. Au passage nous noterons, par une petite digression, le Tibet oublié qui devrait faire l'objet d'une chronique à lui tout seul. En termes de négation de la culture, de la religion, des croyances et des traditions de l'autre, il y a là un grand gagnant! Mais bon, le Tibet, c'est vraiment très loin de chez nous, très haut et les enjeux économiques y sont mineurs pour le moment. En plus ils sont non violents... Passons. Revenons à la prise de risque du jour. Moi ça ne me gêne pas de dire que les colons sont des irresponsables, des criminels, qui vont au devant de problèmes et qui n'obtiendront aucune compassion de ma part. Mais dans ma grande bonté (dont ils se contre foutent royalement) je me désole secrètement pour eux et tout ce qu'ils manquent en refusant d'être ouverts à l'autre. Tout ce qu'ils détruisent aussi. Alors, j'ai tort de parler du conflit Israëlo-Palestinien parce que je ne suis pas une spécialiste de la "question"? De parler d'une histoire d'hommes guidés par des peurs et par de l'ignorance? C'est finalement l'histoire de tous les conflits. Celui-ci n'est pas différent des autres. Refuser d'en parler c'est rejoindre le camp de l'ignorance et de la peur. Il y a d'autres chemins possibles. La paix est l'affaire de tous.

Pour ceux qui dansent d'un pied sur l'autre, hésitant encore à prendre une position, à ce sujet mais sur d'autres aussi, à s'engager dans la voix de l'opinion (la mienne ou une autre, je ne suis pas sectaire), je ne peux que vous inviter à lire Stéphane Hessel et pourquoi pas "Indignez-vous"...



mercredi 16 novembre 2011

Le coeur flingué

©Chloé Bingen
Aujourd'hui j'ai fermé les yeux sur un enfant. Pas le mien. Un de mes "dossiers" comme on les appelle. Un dossier parmi des milliers, une petite fille parmi beaucoup d'autres. J'ai fermé les yeux parce que je n'ai pas pu aller plus loin. Il n'y a pas de croustillant à lire ici (si tu cherches des faits divers spectaculaires lecteur, il y a toujours RTL ou 7 sur7). C'est juste une triste histoire, d'une maman sans papiers et de sa petite fille dont elle est séparée. Une petite fille qui souffre parce qu'il a fallut la protéger et qu'il n'y avait pas de place pour sa maman. Parce que cette petite fille elle a un toit mais pas sa mère. Il y en a beaucoup de ces enfants arrachés à leurs parents faute de solutions pour tous. C'est une histoire banale celle des familles éclatées. Je n'ai pas pu aller plus loin et je me fiche des raisons bonnes et mauvaises. Tout ce que j'ai entendu c'est qu'une nuit de plus cette enfant serait séparée de sa mère et qu'elle a mal. Qu'au nom de l'aide matérielle que je lui apporte, je la prive de l'affection qu'elle réclame à corps et à cris. Qu'elle serait sans doute bien plus sereine dans les bras de sa mère mais que ces bras ne la protégeront pas du froid quand elles seront sous un pont la nuit. Il n'y a pas de solution idéale. Ni pour elles, ni pour moi.
J'en ai des masses des histoires d'enfants a raconter. Des histoires les plus moches aux plus pathétiques, parfois comiques. Au boulot je mets mon costume et j'installe (j'aimerais dire le plus naturellement du monde) cette distance qui fait de moi la professionnelle que je suis. Et puis parfois il y a une histoire qui vous tombe sur le coin de la gueule sans crier gare. On est humain après tout. Je pourrais me lancer dans une litanie sans fin contre les politiques qui ont toujours d'autres priorités, contre les politiques toujours plus répressives et toujours plus cruelles, contre l'aveuglement de la société qui est toujours derrière le mauvais méchant et l'écroulement de cette même société dans laquelle certains paient un prix très lourd. Sur la saturation du système. Je pourrais me dire et redire qu'on ne peut sauver tout le monde, qu'il y en a des milliers qui souffrent et dont j'ignore tout, que cette histoire n'est pas si grave et que je ne suis pas responsable. Je pourrais oui, mais demain alors. Ce soir je me sens abattue, le coeur flingué par cette enfant. Ni guimauve ni sentimentalisme ni apitoiement. Cette petite fille a l'âge de la mienne et la juste distance m'a fait défaut. Aujourd'hui je suis rentrée chez moi retrouver un homme qui m'aime et qui m'accompagne même quand j'ai le coeur flingué. Je suis rentrée chez moi pour retrouver ma fille que j'ai mise au lit après l'avoir serrée tout contre moi et lui avoir dit combien elle était merveilleuse. Je suis rentrée chez moi me faire couler un bain chaud pour oublier la misère qui m'entoure. Je ne dors pas dans la rue, je ne suis pas séparée de ceux que j'aime, j'ai des amis sur les épaules de qui je peux pleurer sur le malheur des autres. Note à moi-même: tu as de la chance, ne l'oublies pas.

lundi 14 novembre 2011

Le soleil blanc

©photo Barbara Nankman

Ce qui est bien avec les saisons c'est quand il y en a. Quel bonheur hier matin de regarder par la fenêtre et d'apercevoir le ciel embrumé. La couleur disait tout: frais, un peu piquant, une odeur de feuilles qui tombent. Une odeur qui donne envie de faire un feu dans la cheminée. Hier donc cher lecteur, après avoir rêvassé de l'autre côté de ma fenêtre sur cette saison qui n'en finissait plus d'arriver, je suis passée de l'autre côté de ma porte (ben oui pas du côté obscur) pour partir en campagne (tu seras impressionné lecteur parce comme tu ne le sais peut-être pas je n'aime pas la campagne). Sur la route de la province les arbres découpaient leurs silhouettes dans la brume, entre encre de chine et papier de soie. C'était doux et beau, très apaisant. Comme je montrais le soleil éthéré habillé d'un voile à mon elfe, elle me répondit "c'est la lune maman". Non non, c'est bien le soleil ma belle enfant (et qu'il est encore trop tôt pour la lune qui fait encore dodo...). Petit silence dubitatif et une analyse de la situation plus tard, elle me répond candide "c'est le soleil blanc maman". Oui mon ange, c'est le soleil blanc.
C'est à mon tour de garder le silence et de regarder avec les yeux de ma fille ce paysage que je trouvais joli il y a un instant et que je trouve maintenant magique par sa poésie. Je me rappelle que j'aime les saisons et la magie du changement qu'elles nous imposent. Le nouveau regard à poser. Et je me dis que je n'ai pas envie de me plaindre du froid ou de la brume, ni de l'humidité qui tombe avec les feuilles. J'ai passé un délicieux après-midi et sur la route du retour c'était bien la lune qui brillait dans le ciel. Mais mon elfe ne l'a pas vue, elle dormait d'un sommeil paisible, un petit ronflement au coin du nez. Ce soir c'est au coin du feu que j'écris, me réjouissant de pouvoir utiliser mon poêle à bois. Et last but not least, pour paraphraser une amie: "quel est le sens d'avoir des collections si les saisons ne vont pas avec?". Alors je me suis aussi réjouie ce matin de pouvoir mettre mon nouveau manteau très classy. Vivement le bonnet et les gants assortis! C'est chouette les saisons.

samedi 12 novembre 2011

Première fournée

©Chloé Bingen
Penser un projet c'est bien, le réaliser parfois c'est encore mieux. Depuis longtemps je cherchais un endroit où déposer ces petites idées qui fourmillent dans la tête (et faire d'énormes économies dans ma facture téléphone). Un peu lente parfois, certes j'en conviens, il m'aura fallut la lecture de nombreux blogs (durant des mois, voire des années) avant que "OMG, je peux aussi faire ça moi - YES I CAN!". Bon ça c'est dit. Une semaine de congé maladie à ruminer au fond de mon lit et un samedi matin à contempler la créativité de mon elfe (aka Lola ma fille) et hop me voilà sur la toile. On peut faire ça comme ça. Hop, un samedi matin en regardant son salon tel un champ de bataille, me rappelant étrangement... le menu déroulant d'un blog (si si lecteur, plisse les yeux, tourne ta tête de droite à gauche et tu le verra aussi).
Un blog, hum. Une sorte de Facebook privatif, avec invités triés sur le volet (oui oui lecteur, si tu lis ceci sache que tu fais partie du cercle très fermé des adeptes de frais du jour). J'imagine de suite ma grand-mère me disant "oui mais ça sert à quoi ?". Ben a rien justement. C'est l'objet virtuel de notre génération. Un miroir à qui parler, qui espère-t-on pourra nous renvoyer notre créativité, assortie de quelques compliments. C'est un psy mais sans rendez-vous, gratuit, qui ne vous répondra pas avec une question. C'est l'ami à qui parler tard dans la nuit qu'on ne devra pas réveiller. C'est le lieu où se montrer fort de ses convictions sans avoir à en rougir (et même si, personne n'est là pour le voir). C'est la définition même de notre génération, l'exhibition invisible, le partage à tout prix sans avoir à rencontrer l'autre. Pffffff me diras-tu cher lecteur... C'est aussi pour moi l'occasion de partager avec tous les échanges que j'ai pu avoir avec chacun (si si lecteur, tu te reconnaîtra parfois) et d'enrichir ces réflexions en les mondialisant (oui heu... la modestie ne fait pas partie de mon avatar virtuel). 

Enfin je dédicace cette première fournée à une amie très chère, coincée dans sa chambre à attendre l'arrivée de son bébé et qui bientôt aura fait le tour de FB et des séries en streaming.